‹ ThéâtreChapitre 14 sur 112 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Un chemin dans la campagne.

Entrent FABIO et LELÏO.

LELIO

Reposez-vous un peu ici, monseigneur... nous arriverons toujours assez tôt.., iSous ne sommes pas loin d'Ocaña maintenant.

FABIO

Tu as raison, Lelio. {Il s'assied.) Je n'en peux plus. Je croyais, en descendant de cheval et en .marchant un peu, que cet exercice me ferait du bien ; loin de là !... Je t'avoue que jamais de la vie je ne me suis senti aussi fatigué, aussi brisé. C'est qu'aussi ma chute a été rude.

LELIO

Ma foi ! monseigneur, c'est encore un bonheur, dans ce malheur, que nous ne nous soyons pas trouvés plus loin d'Ocaña quand cette maudite jument a trébuché. Si nous eussions été déjà à deux ou trois lieues, j'aurais été bien embarrassé, puisque, pour revenir d'une lieue, en comptant le temps que nous nous sommes arrêtés à l'auberge, nous avons mis toute la journée... Un peu de courage, monseigneur, et vous arriverez bientôt à la maison, où nous pourrons plus facilement vous donner les soins que votre état exige.

FABIO

C'est à cette jambe surtout que je sens une douleur!... C'est elle qui a porté tout le poids... Ah i Lelio.

LELIO

Voudriez-vous remonter à cheval, monseigneur?

FABIO

Non, Lelio; je crois qu'il vaut mieux que je continue d'aller a pied comme je pourrai. Je crains de laisser engourdir ma jambe.

LELIO

Vous a^ez raison, mon cher maître; mais, d'autre part, je consi- ! dère que la nuit s'avance ; que si nous arrivons trop tard à la maison, lont le monde sera couché, et qu'il n'y aura pas moyen de vous donner les soins nécessaires.

FABIO

Très-bien, très- bien, Leîio. Tu as autant de prévoyance que d'attaehement.— Va donc détacher la jument, et partons. Toutefois, j'ai une espèce de pressentiment qui me dit que je ne devrais pas être si pressé de rentrer à la maison... J'ai peur d'effrayer Laura. Elle m'aime tant, la pauvre enfant, que je ne sais pas trop comment elle supportera de me voir revenir ainsi équipé.

LELIO

Je ne doute pas non plus qu'elle n'en éprouve un vif chagrin ; ma maîtresse vous est si dévouée!

FABIO

Je suis sûr, Lelio, qu'elle est déjà couchée à cette heure.

LELIO

Certainement, monseigneur.

FABIO

Il m'en coûte beaucoup d'avoir à la réveiller; mais il n'y a pas moyen de faire autrement... Puis nous prendrons des précautions... Je frapperai a la principale porte. Comme c'est la plus éloignée de son appartement, il se pourra qu'elle n'entende pas de bruit.

LELÏO.

Occupez-vous d'abord de votre santé, monseigneur; c'est à quoi ma maîtresse tient le plus.

FABIO

Tu ne dois pas t'étonner, Lelio, ou tu dois t'étonner moins qu'un autre, que je sois aussi bon ménager de son repos. Tu connais ma tendresse pour elle. Je suis, avec mes cheveux blancs, amoureux de sa sagesse comme tous nos jeunes gens le sont de sa beauté. — Partons, Lelio.

Fabio et Lelio sorient.

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