‹ ThéâtreChapitre 35 sur 112 · L' INFANT · texte numérisé non relu

L' INFANT

Permettez-moi du moins de me défendre*

Vous n'avez pas à vous défendre, si cette dame est une beauté rebelle.

l'infant.

J'en conviens de nouveau ; mais le temps et l'amour sont bien puissans sur un cœur.

LE ROI

b. Taisez-vous, infant, taisez-vous! (A part.) Dieu me pardonij ai eu tort de faire cacher Gutierre.

l'infant.

Ne vous échauffez pas contre moi. Vous ne savez pas les rr < qui m'autorisent à en agir ainsi.

LE ROI

Je sais tout, je sais tout; c'est assez.

l'infant.

J'ai le droit de parler, sire, quand je suis accusé. Cette ferne; je lai aimée quand elle était demoiselle...

., DON GUTIERRE, à part.

Ah! malheureux!...

l'infant.

kt elle a reçu mes hommages...

DON GUTIERRE.

Hélas! hélas!

l'infant.

l^Sf*** 1,éP°USC dC Cet h0mme à qUÎ elIe âmrtiom au-

Taisez-voucv infant, pour la dernière fois, taisez- vous! ou Dieu !...— Je sais que vous ne rne dites cela que pour vous exci Mais laissons tous ces détails, et venons au but. Connaissez-1

ce poignard?

l'infant.

Oui, sire; il est à moi.

le roi.

Vous l'avez donc oublié quelque part?

l'infant.

Un soir, en rentrant au palais, je me suis aperçu que je ne l'avais plus

LE ROI

Où est-ce que vous l'avez perdu?

l'infant.

Sire, je ne sais.

LE ROI

Eh bien! je le sais, moi! — Vous l'avez perdu en un lieu où il aurait pu arriver qu'il fût plongé dans votre sein, si celui qui l'a Irouvé n'était pas le plus loyal et le plus noble des vassaux. — Vous devinez sans doute, à cette heure, qu'il demande vengeance : l'homme qui, outragé par vous, ne s'est pas vengé lui-même. — Regardez hivii ce poignard, infant don Henri; c'est un témoin qui dépose .uieimellement contre vous e^ que je dois entendre. — Prenez ce poignard, et mirez-vous dans son acier poli ; vous y verrez le visa

ii'uii traître.

l'infant.

Sire, la fureur où vous êtes m'empêche de vous répondre. J'en

suis si troublé que...

Prenez ce poignard, vous dis-je !

En prenant le poignard, l'Infant blesse le Roi à la ma m.

l'infant.

Ah! sire.

LE ROI

Qu'avez-vous fait, malheureux?... Oui, vous êtes un traître!

l'infant.

H n'y a pas eu de ma faute, sire.

le roi.

Quoi! vous n'épargnez pas même votre frère et votre roi '.... Vojj voulez me tuer! vous tournez contre moi le poignard que je vuu|

ai donné!

l'infant.

Comment votre majesté peut-elle rn'accuser d'une intention si

criminelle?

JOURNEE III, SCENE li. 121

LE ROI

Henri! Henri! c'est à moi que vous vous attaquez! Quelle horreur !

l'infant.

Je demeure interdit et confus. (// laisse tomber le poignard.) \l vaut mieux que je m'éloigne de voire présence et que je me retire en un lieu où vous ne puissiez pas vous imaginer que je veuille verser votre sang, moi malheureux !

Il son.

Que le ciel me soit en aide! — Qu'est-ce que cela signifie? Ce n'est pas la douleur physique que je sens; c'est une peine de cœur bien autrement insupportable. — Un frère qui attente à la vie de son frère! un infant de Castille qui attente a la vie de son roi ! — Après tout, pourquoi m'en étonné-je? De quel projet si noir ne serait pas capable celui qui, par les plus vils moyens, cherche à séduire l'épouse d'un loyal gentilhomme! — Mon ame en est encore soulevée! — Plaise à Dieu que ces commencemens n'arrivent pas a une telle lin que le monde soit épouvanté par un déluge de sang !

Il sort.

DON GUTIERRE.

Quelle affreuse journée! quels assauts j'ai eus à soutenir ! — Et !e roi qui oublie que je suis là, que j'écoute et entends tout! — Dieu me protège! que disait donc l'infant? — Non, jamais ma bouche ne répétera des paroles qui renferment mon outrage! - Arrachons d'un seul coup toutes les racines du mal. Que Mencia périsse ; qu'elle baigne de son sang le lit sur lequel elle repose; et puisque l'infant a laissé ce poignard une seconde fois à ma disposition, qu'elle meure par ce poignard ! (Il ramasse le poignard.) Cependant il convient que le public ne soit pas instruit de la chose... Un outrage secret demande une vengeance secrète... Que Mencia meure de telle sorte que personne ne devine le motif de sa mort!... — Mais avant que j'en vienne là, que le ciel me frappe moi-niônipour queje ne voie pas les tragédies d'un amour si malheureux !

Il sort.

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