‹ ThéâtreChapitre 50 sur 112 · BI.AS · texte numérisé non relu

BI.AS

Il ne s'est pas mal conduit, puisqu'il t'a laissé Menga.

i L espagnol d'il Santera. C'est une femme qui quèle pour la saint tî un ermitage El'e parcourt la contrée aux environs, portant une image du saint qu'elle présente a l'adoration de tous ceux qu'elle rencontre, et demande, pour L'entretien de L'ermitage, une légère offrande qui est rarement refusée.

2 Gil, le bouffon, emploie exprès la formule dont on se sert au jeu de cache-cache quand \e chercheur approche de l'ohici oui n élé e;i<lié.

GIL

Ahî Tirso, sí je me plains, ce n'est pas de ce qu'il m'a fait mal.

TIRSO

Alors, pourquoi te plains-tu?

GIL

Pourquoi?... parce qu'il a laissé Menga. Il emmena celle d'An tonio, quelques jours après nous la retrouvâmes un beau matin... et elle avait cent réaux que nous dépensâmes à une petite fête.

BLAS

Bartolo épousa aussi Catalina, laquelle accoucha au bout de six mois de mariage, et il allait tout joyeux disant à tout le monde : «Voyez donc! il faut neuf mois aux autres femmes, et il n'en a fallu que six à la mienne! »

TIRSO

II n'y a pas d'honneur qui soit en sûreté avec lui.

CURCIO.

Le perfide! l'infâme!... Est-il un malheur égal au mien?... L'a voir laissé échapper!

MEJSGA.

Si vous voulez, nous autres temmes nous prendrons aussi les armes pour le détruire.

GÍL.

Il se tient ici, il n'y a pas à en douter. Toutes ces croix que vous voyez là, seigneur, rangées à la file, ce sont autant d'hommes qu'il a tués.

OCTAVIO

C'est ici la partie la plus retirée de la montagne.

curcio, à part.

Et c'est ici, grand Dieu, queje fus témoin de ce miracle que fi. le ciel en faveur de cette beauté innocente et chaste que j'avais tan, de fois outragée de mes soupçons! C'est ici que j'ai vu le plus inconcevable prodige!

octavio.

Seigneur, quelles sont les pensées qui vous troublent ainsi?

v,e sont de tristes souvenirs qui viennent m'assaillir, Octavio; et mes chagrins, queje ne puis confier à personne, ne trouvent d'autre soulagement que mes larmes. — Octavio, fais que ces gens-la me laissent seul, car la situation de mon âme exige la solitude.

octavio, aux paysans.

Allons, mes amis, évacuons.

BLAS

Que dites-vous?

tirsg.

One voulez-vous?

JOUMÉE 11, SCEJNË J. íCi

GIL

N'avez-vous pas entendu?... Allons évacuer1.

Oclavio, Gil, Menga cl les paysans sortent. CURC10.

A quel homme n'cst-il pas arrivé, quand son cœur était plein de chagrins qu'il ne pouvait pas confier à un autre, de s'entretenir seul avec lui-même?... Et moi aussi, quêtant de chagrins accablent à la fois, j'éprouve une sorte de consolation à me voir seul à seul, dans ce lieu désert, avec mes pensées et mes souvenirs... Je ne voudrais pas même avoir pour témoins de cette conversation solitaire ni les oiseaux, ni les fontaines; car enfin les fontaines murmurent, et les oiseaux ont leur langage. Il me suffit d'avoir pour compagnie ces saules rustiques dont le triste aspect est si bien en

harmonie avec l'état de mon âme, et qui ne peuvent me trahir

Cette montagne fut le théâtre de l'événement le plus étrange, le plus prodigieux dont la jalousie ait jamais été cause. Quel est Vhomme, dans quelque rang que ce soit, qui n'a jamais ressenti i l'aiguillon de la jalousie? et quel est celui que la vérité a pu cou- ; raincre et délivrer de ces soupçons jaloux?... C'est ici qu'un jour i je vins avec Rosmira... A ce seul souvenir toute mon âme est émue, Í et je n'ai plus de voix... Et cela est facile à comprendre; car il nie semble qu'ici autour de moi, ces arbres, ces rochers, ces fleurs, en un mot, tout ce qui m'environne, se lèvent contre moi et me reprochent une action si infâme!... Je tirai mon épée... Mais elle, sans se troubler, sans pâlir, car en semblable circonstance l'innocence n'a pas peur: «Mon ami, dit-eîle, modérez-vous. Je ne veux point vous empêcher de me donner la mort si tel est votre bon plaisir, car vous pouvez disposer de moi à votre gré; mais avant de me faire mourir, daignez me dire pour quel motif vous me tuez.» Et i moi, je lui répondis : «Ce n'est pas moi, malheureuse, qui vous tue, c'est l'enfant que vous portez dans votre sein; c'est cet enfant conçu dans le crime, qui vous tue. Mais vous ne le verrez pas. Je serai votre bourreau à tous deux. » — « Hélas ! reprit-elle, si vous me croyez coupable, vous êtes en droit de me tuer. Mais je n'ai jamai manqué à mes devoirs... Non ! ajouta-t elle en se jetant au pied <)'■ cette même croix que je vois en ce moment, non ! je ne vous ;,¡ jamais trahi, même en pensée; j'en prends a témoin cette croix qu« j'embrasse et qui me protégera contre vous. » En entendant res i obles paroles, en voyant son innocence qui resplendissait sur son visage, je me repentis de mon action et fus tenté de me jeter à ses pieds en la priant de me pardonner. Cependant, soit que je me fusse trop avancé pour reculer, soit qu'une aveugle fureur se fût de nouveau emparée de moi, soit enfin qu'une puissance supérieure me

; ' Octavio a dit despejad, sortez, évacuez; el Gil le bouffon repele exprès de travers, lespiojad, c'est-à-dire épouillez-vous, ôiez votre vermine. Nous avems lâché de rj/v ¡Bîrr celle plaisanterie toni espagnole pa* un Suivaient du même goût.

dominât à mon insu, je levai mon bras désespérément, et je frappv mille fois en tous sens : mais chaque fois je ne frappai que U vide de l'air. Enfin je m'échappai, la laissant pour morte au pied de la croix, et je revins à ma maison. Mais là, ô prodige! je la retrouvai,... je la retrouvai belle et charmante* qui tenait dans ses bras une jeune enfant, Julia, divine image de beauté... Quelle joie, quelle gloire pouvait se comparer à la mienne!... Elle était accouchée ce même soir au pied de la croix, et par une rencontre où h doigt de Dieu se révélait au monde, l'enfant qu'elle avait mise au jour portait empreinte sur son sein une croix de feu et de sang. Mais ce qui m'affligea, et troubla mon bonheur, ce fut d'apprendre qu'au milieu des angoisses qu'elle avait souffertes, elle avait cru sentir qu'elle était accouchée d'un autre enfant laissé dans la montagne. x Et moi alors....

Entre OCTAVIO.

OCTAVIO

Seigneur, une troupe de brigands traverse la vallée. 11 serait donc bien de descendre à leur rencontre avant que la nuit soit entière ment fermée; autrement ils nous échapperaient, car ils connaissent tous les détours de la montagne, qui nous sont, à nous, inconnus.

CURCIO.

Eh bien! réunis la troupe et marchons en avant. Il n'y aura de bonheur pour moi que lorsque j'aurai réalisé ma vengeance.

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