SCÈNE IV
La place publique de Zalamea. Au milieu du the'àtre, au fond, la prison.
une voix, du dehors.
Soldats, voilà la prison où est enfermé le capitaine. Si l'on ne vous le rend pas à l'instant, mettez-y le feu; et si le village s'insurge, mettez le feu au village.
le greffier, du dehors.
Ils auront beau incendier la prison, ils n'auront pas le prisonnier
soldats, du dehors.
Mort, mort aux vilains !
crespo, du dehors.
C'est ce que nous verrons!
D0.\ lope, du dehors.
11 leur est venu du secours... En avant! brisez les portes! brûlez la prison!
Entrent, d'un côté, BON LOPE et les Soldats, et, de l'autre, LE ROI PHILIPPE II etsaSuile, CRESPO el les Paysans.
LE ROI
Qu'est ceci?... Quoi! au moment où j'arrive je trouve tout en désordre !
DON LOPE
Sire, on n'a jamais vu tant d'audace de la part d'un vilain; et vive Dieu! si votre majesté fût arrivée un moment plus tard, elle eût trouvé ici une illumination générale.
OÜRNÉE III, SCÈJSE IV. 24S
LE ROI
Que s*est-il donc passé?
DON LOPE
Un alcade a fait arrêter un capitaine, et bien que je sois venu le Relamer, on n'a pas voulu le rendre.
LE ROI
Quel est cet alcade?
Sire, c'est moi.
LE ROI
Et que dites- vous pour votre défense?
CRESPO
C'est que par la procédure est prouvé jusqu'à l'éviaence un crime digne de mort. 11 s'agit d'une fille enlevée, violée dans un bois, et que le ravisseur n'a pas voulu épouser, malgré les offres et les supplications du père.
DON LOPE
Sire, cet homme qui est l'alcade est aussi le père de la fille.
CRESPO
Cela ne fait rien à l'affaire. Si un étranger venait me demander justice, ne devrais-je pas la lui rendre? Oui, sans doute. Eli bien! qu'y a-t-il d'étonnant que je fasse pour ma fille ce que je ferais pour tout autre?. . Sans compter qu'ayant arrêté mon propre fils, j'avais le droit d'être juste envers sa sœur. Qu'on voie si la cause a été bien instruite, qu'on recherche si j'y ai mis de la passion, si j'ai suborné quelque témoin, s'il a été rien changé à leurs déclarations; et après, qu'on me donne la mort
le roi, après avoir examiné la procédure.
C'est bien jugé. Mais vous n'avez p;is autorité pour faire exécuter la sentence; ce droit appartient à un autre tribunal Rendez donc le prisonnier.
CRESPO
Sire, cela me serait difficile. Comme il n'y a ici qu'une seule audience, c'est elle qui exécute tous les jugemens, et le dernier est exécuté.
LE roi.
Que dites-vous?
Si vous en doutez, sire, regardez et voyez. — Cet homme c'est le capitaine.
La porte de la prison s'ouvre, et l'on voit le capitaine assis et dans l'attitude d'un homme qui vient de subir le supplice du garrot '.
1 Dans le supplice du garrot (en esp. garrote), le patient était assis sur un tabouret, le dos appuyé à une poutre dressée verticalement, et le bourreau l'étranglait par le moyen d'un tourniquet attaché à <:< lie poutre. Ce tourniquet était un bâton court appelé garrote , et c'est de lü qu'es! venu le un::» dn supplice ; comme de notre mol irançaii yurret c¿t venue I es pression norrùttcr,
LE ROI
Comment donc avez-vous eu cette audace?
CRESPO
Vous-même, sire, avez dit que la sentence avait été bien rendue; il n'y a donc pas eu de mal à l'exécuter.
le roi.
Le conseil n'aurait-il pas su la faire exécuter tout aussi bien?
crespo.
Toute votre justice, sire, ne forme qu'un seul corps. Si ce corps a plusieurs bras, quel inconvénient y a-t-il a ce que ma main exécute le jugement qu'une autre aurait exécuté? et qu'importe un léger vice de forme alors que la raison et l'équité sont satisfaites?
LE ROI
Puisqu'il en est ainsi, pourquoi ne lui avez-vous pas fait trancher la tête comme étant capitaine et gentilhomme?
CRESPO
Puisque vous le demandez, sire, c'est que, comme nos gentilshommes se conduisent tou< bien, notre bourreau n'a pas pu apprendre sur eux l'art de décapiter. D'ailleurs, ceci regarde le mort. Quand il réclamera, nous verrons ; jusque là, personne n'a le droit de se plaindre pour lui.
LE ROI
Don Lope, puisque c'est fait, et que la mort a été justement prononcée, nous ne devons pas insister sur le défaut de forme. Faites partir sans délai tous vos soldats; je suis pressé d'arriver au plu tôt en Portugal. {A Crespo.) Vous, je vous nomme à perpétuité alcade de ce bourg.
CRESPO
Sire, vous seul savez honorer la justice.
Le roi sort.
ÏK>i* I0PK.
Rendez grâces a ïaeureuse arrivée ue sa majesté.
CRESPO
Par Dieu! quand bien même le roi ne serait pas venu, il n'y ayait plus de remède. /
DON LOPE
N'eût-il pas mieux valu vous adresser à moi? Si vous m'aviez rendu le prisonnier, je lui aurais fait réparer l'honneur de votre fille.
CRESPO
Elle entrera dans un couvent qu'elle-même a choisi. Son nouvel ipoux ne regarde pas à la qualité.
DON LOPE
Eh bien! rendez-moi les autres prisonniers.
crespo, au Greffier.
Qu'on les fasse sortir à l'instant.
JOURNEE 111, SCÈNE iV. 247
Entrent REBOLLEDO et L'ÉTINCELLE.
DON LOPE
Je ne vois pas là votre fils. Il est désormais mon soldat, et j'entends qu'il soit libre aussi.
CRESPO
Je veux le punir, moi, d'avoir osé blesser son capitaine. Il est bien vrai que son honneur offensé exigeait une vengeance; mais il devait s'y prendre autrement.
DON LOPE
C'est bien, Pedro Crespo. Faites-le venir.
CRESPO
Le voici.
Entre JUAN.
juan, à don Lope, Permettez, seigneur; que j'embrasse vos genoux, comme étant votre esclave ajamáis.
REBOLLEDO.
Pour moi, je ne chanterai pius de ma vie.
l'étincelle.
Moi si fait, au contraire; je chanterai toujours quand je verrai l'instrument de tout à l'heure.
crespo.
Et sur ce, l'auteur finit cette comédie, qui est une histoire vé~ ritable, en vous priant de lui en pardonner les défauts.
FÎPJ m L'ALCADE i>& ZAJLA31ÊA