‹ ThéâtreChapitre 79 sur 112 · PEOR ESTA QUE ESTABA · texte numérisé non relu

PEOR ESTA QUE ESTABA

NOTICE

Peor está que estaba, en français De mal en pis, est l'une des plus célèbres tomédies de Calderón. Le titre nous en semble heureusement choisi. Il annonce qu'une fois l'intrigue nouée , la situation des divers acteurs va s'embarrasser, se compliquer, devenir pire, en un mot, à mesure que l'action avancera, jusqu'au dénouement; et l'attente où l'on est de voir comment le poète sortira de ces difficultés est déjà par elle-même une sorte d'intérêt. C'est du moins le sentiment avec lequel nous avons abordé et poursuivi la lecture de Peor está aue estaba.

ai Ton nous demandait de caractériser chacune des comédies de Calderón par les mérites qui lui sont le plus particuliers, nous dirions que, selon nous, ce qui distingue Peor está, etc., etc., des autres pièces d'intrigue du fécond drama tiste, c'est la verve et la réflexion. La verve, elle se montre à chaque instant dans le comique et la variété des situations. Depuis la scène qui termine la première journée jusqu'à celle qui précède le dénouement,— où la fille du gouverneur, surprise par don Juan dans la chambre qu'il a prêtée à son ami, l'accuse d'avoir lui-même donné là rendez-vous à une femme,— c'est une suite non interrompue de situations pleines de force comique et dont pas une ne ressemble à une autre La réflexion, nous la trouvons, et même à un degré éminent, dans le soin avec lequel le poète a motivé, non seulement l'ensemble, mais jusqu'aux moindres incidens et aux moindres détails de son drame. A ne considérer la pièce que sous ce point de vue, il y a là un art qui révèle un grand maître.

La fille du gouverneur est une de ces femmes décidées, résolues, et, pour ainsi dire, amoureuses du péril, que Calderón se plaisait à peindre. Elle a, de plus, cette confiance en eue-mème que donnent le bonheur et la fortune. Il est vrai que pour se tirer d'affaire elle ment deux ou trois fois avec une assurance qu'on pourrait appeler de l'eiTronterie ; mais observons à ce propos que souvent les héroïnes de la comédie espagnole, placées sous la surveillance redoutable d'un père ou d'un frère , et livrées à une passion qu'elles n'osent avouer, n'ont réellement d'autre ressource que le mensonge, et que chez un peuple sincère, mais passionné, un outragea la vérité est, en pareille circonstance, légitimé par la passion. L'amour romanesque que la fille du gouverneur a conçu pour un homme qu'elle ne connaît pas, Calderón l'a justifié dès le commencement de la pièce avec beaucoup de finesse et d'esprit.

11 nous a paru, sauf erreur, que Calderón avait eu l'intention de faire de don Juan un personnage ridicule. Le rôle qu'il joue aurait pu jusqu'à un certain point autoriser notre opinion; mais ce n'est pas de là qu'elle nous est venue : elle nous est venue de la prétention que nous avons cru remarquer dans

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son langage. Il se sert presque toujours de grands vers mêlés d'octosyllabiques, au lieu de se servir du vers de romance, ei, à l'exception d'un seul passage où Calderón lui a prêté sa merveilleuse facilité à découvrir des rapports délicats entre deux choses de nature différente ( nous voulons parler de la comparaison des soupçons jaloux avec les jeunes garçons qui mènent les aveugles), il s'exprime habituellement d'une manière emphatique qui ne convient guère à sa situation. Du reste, nous devons ajouter que ce ridicule que nous trouvons à don juan tient uniquement à un défaut de pénétration et de goût. Il est posé dans la pièce comme un homme brave, généreux et plein d'honneur. Calderón n'a que bien rarement avili ses personnages; il semble qu'il respecte en eux le caractère castillan.

Maintenant, qu'une critique nous soit permise. — La première fois que don Juan paraît en scène» il confie à don César qu'il se propose de demeurer deux jours à Gaëte incognito, avant de se présenter chez le gouverneur; il se présente chez le gouverneur dès le même jour, et ensuite , le même soir, il revient dire à son ami qu'il s'y est présenté depuis deux jours. Notez bien que ce n'est pas ici et que ce ne peut pas être un mensonge de don Juan ; c'est purement et simplement une licence de Calderón. Calderón a l'habitude de disposer du temps à sa fantaisie, et, en principe, cette poétique est, à notre avis, tout aussi bonne qu'aucune autre; mais ce que la raison repousse, c'est que 'auteur dramatique se permette de supputer le temps d'une manière à la fois iiîéal? e* nositive, suivant le caprice de son imagination et suivant la réalité. Or, c'est là précisément ce que Calderón a fait dans le passage que nous blâmons. Pour éviter cette faute , il eût suffi au poète de supposer deux jours «l'intervalle entre la scène qui se passe chez le gouverneur, au commencement de la seconde journée, et celle qui se passe ensuite dans la prison , ou

lieux encore, de mener franchement don Juan chez le gouverneur dès le premier jour de son arrivée. Nous avons laissé au lecteur le soin de la correction, il n'y a pas dix mots à changer.

Peor está a été imité en 1707 par Lesage, qui a intitulé sa pièce Don César des Ursins. Cette imitation , assez faible, n'est cependant pas dénuée de tout mérite, et l'on y peut entrevoir, dans quelques détails, le lmur auteur de Turcarel et de Gil Ü¿a&.

PERSONNAGES

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