‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 1 sur 105 · ACTE PREMIER SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER SCENE PREMIERE

Fin juin 1806. En Hongrie, au parc du châteaa de Martoncazar, chez la comtesse Brunswick,- Por lo droite vient FRANZ (comte BrunswickJ, ion journal en main; par la gauche. BEETHOVEN.

FRANZ. — Bonjour, Louis. Tu as déjà fait ta promenade matinale?

BEETHOVEN. — Oui, pendant que tu dormais encore.

FRANZ. — C'est plus fort que moi. Même par ce magnifique été, je ne parviens pas à me lever avant sept heures.

BEETHOVEN. — Tandis que tu étais plongé dans le néant du sommeil —

FRANZ. — Le néant! Pardon, j'ai eu de beaux rêves —

BEETHOVEN. — Qui n'étaient que des rêves. Moi, pendant ce temps-là, j'ai vécu, j'ai ressenti, jusque dans les profondeurs de mon être, les beautés de la campagne.

FRANZ. — Oui, tu l'aimes beaucoup.

BEETHOVEN. — Je vis de la nature : Le ciel bleu, les nuages, les prairies, les fleurs, les ruisseaux, les bois, tout cela m'attire et me charme. — J'ai été dans la forêt. Au milieu des arbres je suis heureux, heureux! Ah! Ces chênes grandioses! Ces hêtres

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sublimes ! Ils nous parlent de Dieu. Quelle splendeur! Quel calme! Quel mystère!

FRANZ. — Oui, c'est là que tu pviises beaucoup de ces idées, c'est là que tu éprouves ces sentiments profonds que tu exprimes ensuite en des notes étonnantes, des notes qui remuent et transportent.

BEETHOVEN. — La nature est une de mes grandes inspiratrices.

FRANZ. — Aussi je suis enchanté d'avoir pu te donner l'occasion de fuir le sombre Vienne, de goûter tant que tu le désires, les attraits toujours nouveaux de ce ravissant pays.

BEETHOVEN. — Ah oui, Franz, mon ami, je revis à Martonvazar. Je suis comme un convalescent longtemps enfermé qui respire le grand air à pleins poumons, se sent rempli d'une vigueur, d'une jeunesse toute nouvelle. Et je ne pourrai plus rester que très peu, hélas!

FRANZ. — Au contraire. Nous espérons te garder encore bien des...

BEETHOVEN l'interrompt. — Pardon, Franz.

V''^oici une lettre que je reçois du prince et de la princesse Lichnowsky. Ils me rappellent la promesse que je leur ai faite d'aller passer une partie de l'été avec eux dans leur propriété près de Troppau.

FRANZ. — Dans la Silésie prussienne.

BEETHOVEN. — Oui. Et tu comprends, je ne puis refuser.

FRANZ. — Mon cousin et ma cousine Lichnowsky t'accaparent. Je finirai par devenir jaloux et par me

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