‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 2 sur 105 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

fâcher. Tu ne leur as pas encore répondu? Quand te proposes-tu de partir?

BEETHOVEN. — Dans trois ou quatre jours.

FRANZ. — Déjà! Non! Non! Nous ne voulons pas, ma mère, ma sœur et moi. Tu ne peux pas nous quitter si tôt. Tu es avec nous depuis une quinzaine de jours seulement.

BEETHOVEN. — Alors je leur écrirai de m'attendre dans une semaine. (Un temps.)

FRANZ. — Soit, puisqu'il le faut. — Et que penses-tu, Louis, de la situation politique de l'Europe? Je viens de lire les dernières nouvelles dans le journal de Vienne.

BEETHOVEN. — Et que disent-elles?

FRANZ. — Que les choses se gâtent à nouveau, cette fois entre la Prusse et Napoléon.

BEETHOVEN. — Naturellement. Depuis Austerlitz ce bougre-là était resté trop longtemps tranquille. 11 faut qu'il recommence à chercher noise aux gens, à troubler la paix du continent. Qu'y a-t-il encore?

FRANZ. — Tu sais que Napoléon avait enlevé aux Anglais le Hanovre pour le donner à la Prusse. Il paraît que depuis la mort de Pitt, son ennemi le plus acharné, il s'est rapproché de l'Angleterre et qu'il veut lui rendre ce pays. D'où mécontentement du cabinet de Berlin. Ce n'est pas tout. De la Hollande et du Grand-Duché de Berg, les deux voisins de la Prusse à l'ouest, il a fait des pays vassaux de la France, en donnant comme souverain

au premier son frère Louis, à l'autre son beau-frère Murât. Il aurait aussi l'intention de détacher de l'Allemagne et de réunir sous son protectorat les Etats Rhénans, le pays de Bade, le Wurtemberg, la Bavière. Tout cela à seule fin —

BEETHOVEN. — D'isoler la Prusse et l'Autriche et d'affaiblir toute l'Allemagne, pour pouvoir s'en emparer plus facilement. C'est un ogre.

FRANZ. — Mais à Berlin on en a assez des empiétements et de l'arrogance du Corse. Je lis que l'armée prussienne vient d'être mise sur pied de guerre et qu'elle brûle de marcher contre les Français.

BEETHOVEN. — On ne dit pas que le roi a conclu une alliance avec l'Autriche?

FRANZ. — L'Autriche ne peut pas se joindre à la Prusse. Nous sommes encore trop affaiblis de notre défaite d'Austerlitz. Nous devons d'abord reformer notre armée et reconstituer notre trésor de guerre.

BEETHOVEN. — C'est vrai.

FRANZ. — Mais patience! Cela viendra.

BEETHOVEN. — Je l'espère. En attendant, la Prusse, qui n'est plus celle de Frédéric II, pourrat-elle, à elle seule, tenir tête à Bonaparte?

FRANZ. — Contre un adversaire pareil elle se sera ménagé, je suppose, l'appui de la Russie.

BEETHOVEN* — En tout cas, elle serait bien imprudente et aventureuse de ne compter que sur ses propres forces. (l\s voient venir Thérèse, la soeur de Franz. Elle a un livre en main.)

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