‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 100 sur 105 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

M"' LESERRE — Il se le rappellera certaincrricnt piiisqu'il en a pri$ note. Tu me l'a» dit.

GEORGES. — C'est vrai. Mais on l'assaille aussi de tant de demandes. Il doit contenter tant de scJlicîteurs.

M"' LESERRE. — Ton tour viendra.

GEORGES. — Oui. quand il n'y a\ira plu» d'hommes de son parti à satisfaire. Et comme, au contraire, ils deviennent de plus en plus nombreux, ce sera quand? Quand? ma pauvre mère! En attendant, il faut vivre. (S' excitant de nouveau.) Et nous ne parvenons pas à payer le pain que nous mangeons. En attendant notre misère grandit toujoim.

M^' LESERRE — Mais non, elle ne grandira plus, tu verras. Cette cruelle épreuve ne peut pas durer indéfiniment. Le Ciel...

GEORGES. — Oh, le ciel! Qu'est-ce que le ciel sait de notre misère! — Non, maman. Mon espoir d'être nommé par l'Etat est nul, tout à fait nul. Et il en est de même de mes espérances littéraires. Les deux directeurs de Bruxelles auxquels j'ai soumis ma pièce, il y a plus de trois mois, ne l'ont pas encore lue. lly ne la liront pas plus que celles des autres dramaturges de Belgique. Ils préfèrent jouer les pièces venant de Paris, les auteurs aux réputations toute» faites. C'est plus facile et moins risqué que d'en découvrir des nouveaux.

Af™* LESERRE. — Oh, tes comédies aussi serorA jouées un jour.

GEORGES, sarcastiqtte . — Mais, certainement, elles seronr jouées — quand je n'y serai plus. Un peu

de patience seulement, n'est-ce pasl Un peu de patience! — Mais c'est cela précisément! Toujours attendre! Toujours courir! Toujours chercher! Cet insuccès continuel dans toutes mes entreprises! Ah! (Il serre les poings et griv.ce des dents.) Ça me met dans une rage! J'en deviendrai fou!

M"' LESERRE, pleuranf presque. — Oh. Georges! Georges! Il ne faut pas te décourager.

GEORGES. — Et ce n'est pas tout. Tu ne sais pas ce qui m'est arrivé tantôt! Au tournant de la rue de l'Université, tout d'un coup je me trouve en face d'elle qui vient au bras de son mari. J'en fus tellement frappé — Je sentis ma tête tourner. Je serais tombé sur le trottoir si je n'avais pu m' appuyer contre le mur. Quand je revins à moi, elle avait disparu dans la foule, madame la lieutenante. (Il rit aux éclats. Puis :) Ah! Cette...!

M'^' LESERRE l'interrompt. — Mais Georges! Je t'en prie! Je t'en supplie! Oublie enfin —

GEORGES, tout à son idée. — Etait-ce donc une sottise impardonnable, dans la naïveté de mes vingt ans, d'avoir levé mes yeux sur une femme jeune et belle, d'avoir ajouté foi à ses témoignages d'amour, à ses promesses de fidélité? Une trahison devait-elle me récompenser de ma confiance! Ma mère et moi avions-nous mérité la misère parce que j'avais cru trop hardiment au bonheur!

M""' LESERRE. — Tu n'a pas voulu écouter ta maman, Georges, ni ton ami. — Mais après tout on <ioit te pardonner. C'est ta jeunesse, ton inexpérience

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