ACTE II
au parc. Tout à coup, dans une chambre au premier dont la fenêtre était ouverte, quelqu'un joue du piano —
LICHNOWSKY. — Ah!
LE GENERAL. — Je crois me connaître en musique. Méhul. Chérubini, Haydn, Mozart m'enchantent. Mais l'auteur de celle qu'on a jouée hier ici est, selon moi, un génie plus puissant que les plus grands de ces maîtres, un génie unique.
LA PRINCESSE. — Vous croyez!
LE GENERAL. — Ce ne peut être que ce Beethoven dont, l'arinée dernière, à Vienne, j'ai entendu une sonate intitulée : la Pathétique. Une merveille! — (La princesse sourit.)
LICHNOWSKY. — Vous ne vous êtes pas trompé, général. L'auteur de cette musique est Beethoven. Et le pianiste qui a joué hier et que maintenant vous entendez moins bien, parce que portes et fenêtres sont fermées, c'est Beethoven.
LE GENERAL. — Eh bien, vous pouvez être fiers d'avoir pour ami un artiste aussi éminent, dans l'exécution comme dans la création...
LICHNOWSKY . — Et qui sera aussi célèbre que Napoléon, dans un autre domaine.
LE GENERAL regarde Lichnows}zy. Il Va parler mais il se domine et se retient.
LICHNOWSKY, devinant la pensée du général. — Il jouera devant vous une de ses oeuvres.
^6 BEETHOVEN OU l' HÉROÏQUE
LE GENERAL.. — je n'osais vous demander de me procurer cette joie. Je ne saurais assez vous remercier.
UCHNOWSKY. — C'est un grand bonheur pour la princesse et pour moi de faire ce plaisir à nos amis, les Français. Vous l'entendrez très prochainement.
(Le lieutenant Dejardin arrive, salue et remet un pli au général. Celui-ci ouvre, lit un moment, puis, à Lichnowsl^y et à la princesse :)
LE GENERAL. — Je regrette vivement de devoir vous quitter, mais le service m'appelle.
(Lîchuowsl^y et la princesse s'inclinent. Les deux officiers sortent. Un temps.)