ACTE H
LE GENERAL. — Sa Majesté, dès qu'elle a appris que les Russes prendraient part à la guerre, a lancé un appel aux Polonais —
LICHNOWSKY, de plus en plus intrigué. — Oh. est-ce vrai!
LE GENERAL. — A l'instant même on m'en apporte l'origina! que voici. Tenez! Lisez!
LICHNOWSKY qui essaie d'abord de lire. — Impossible. Je suis trop ému. Les lettres dansent de^•ant mes yeux.
LA PRINCESSE à qui son mari a donné le papier. — Moi je ne peux pas non plus.
LICHNOWSKY . — Lisez-le, vous-même, général, ou dites-nous le contenu.
LE GENERAL, vivement. — Il engage les Polonais à se joindre à lui et à partir en guerre pour mettre fin à leurs souffrances...
LA PRINCESSE. — Seigneur!
LE GENERAL. — Briser leurs chaînes, reconquérir leui" liberté et se venger de leurs oppresseurs.
LICHNOWSKY. — Nous venger! De nos bourreaux! Rentrer dans notre patrie! Dans nos biens! Vive la Pologne! Vive l'Empereur!
LE GENERAL. — L'appel est signé Dombrow^sky et Kosciuszko.
LICHNOWSKY, très étonné. — Nos deux héros ont signé?
LE GENEFLAL. — Voyez.
44 BEETHOVEN OU l'HÉROïQUE
LICHNOWSKY, exalté. — Oui! Je vois! Les deux patriotes de 1794. Les derniers remparts de la libre Pologne.
LE GENERAL. — L'Empereur désire que d'autres grands noms s'y joignent. (Il regarde le prince significatioement.) Et par le courrier-éclair qui attend dans le hall, il vous envoie l'appel.
LICHNOWSKY. — Comment! Mais jamais je n'ai mis dans une signature toute mon âme comme dans celle-ci. (Il signe.)
LE GENERAL. — Au nom de l'Empereur, merci!
LA PRINCESSE. — C'est nous qui remercions r Empereur.
LICHNOWSKY . — Les autres souverains, même les plus puissants, nous abandonnent. Lui accourt à notre aide, à notre délivrance.
LE GENER.4L sonne. Le courrier arrive. Le généra^ lui remet la feuille. Le courrier salue et part aw^sitôt.
LE GENERAL redescend. — Et n'oubliez pas! L'Empereur se souvient.
LICHNOWSKY. — L'Empereur est grand.
LA PRINCESSE. — Nous espérons en lui comme en un dieu. (Tout à coup ils entendent jouer, au piano, V Appassionata. Ils écoutent un moment, mais des sons leur échappent. Puis :)
LE GENER. 4L. — J'aime beaucoup la musique. Malheureusement dans nos campagnes militaires j'ai rarement l'occasion d'en entendre. Mais hier — un î^oldat ne flatte pas, il dit franchement sa façon de penEer - — eh bien, hier matin je me promenais ici