ACTE IV
THERESE. — Après tant de souffrances n'avionsnous pas mérité un peu de joie!
BEETHOVEN. — Hélas! Dès le début notre amour était condamné à la douleur. N'est-ce pas là le sort de l'artiste! La souffrance, n'est-elle pas le prix de son ascension à la gloire! Son amour peut-il vivre d'autre chose que de sacrifices et de renoncements! — Allons! Je m'en vais.
THERESE. — Mais je ne veux pas que tu renonces et que tu désespères! Nous nous aimons! Nous avons comme les autres le droit d'être heureux. Il ne faut pas te sauver. Au contraire, il faut parler au prince, lui montrer que tu ne peux faire ce qu'il te demande. 11 verra —
BEETHOVEN. — Je te répète, mon amie, le prince ne voit que son idée. Il ne conçoit pas que je puisse penser autrement que lui et agir comme moi je pense.
THERESE. — Non, Louis, quand il verra que tu as fait tout ce que tu as pu pour lui être agréable, et qu'à la dernière minute seulement tu refuses parce que tu ne peux commettre un acte indigne de toi, il comprendra enfin et n'insistera plus. (Un silence.)
BEETHOVEN. — Tu as raison. Nous ne devons rien négliger pour mériter d'être heureux.
THERESE. — D'ailleurs plus nos efforts auront ete grands, plus notre bonheur le sera aussi.
BEETHOVEN. — Oui, la joie par l'effort, par la souffrance. Et si nous ne devons pas la trouver sur notre route, la joie suprême de l'amour, de la vie.
82 BEETHOVEN OU l'HÉROïQUE
nous ne pourrons nous reprocher de ne pas avoir tout fait pour la conquérir.
THERESE, vivement. — Voilà le prince et la princesse. Ils arrivent.