ACTE IV
audition. Mais ne me demandez pas de produire mon Héroïque devant ces étrangers.
LICHNOWSKY . — Comment! Vous avez accepté de vous faire entendre! Vous avez dirigé les répétitions jusqu'au jour où la fête doit avoir lieu. Et maintenant vous voudriez vous dérober!
BEETHOVEN. — Je ne me dérobe pas. Je ne peux, je ne peux pas jouer.
LICHNOWSKY. — Décidément, je ne vous comprends plus. On sait' que vous autres artistes vous avez parfois des — mettons, des fantaisies — et on vous les passe. Mais ici il ne s'agit plus de fantaisies —
BEETHOVEN, oivement. — Pas chez moi en tout cas. { LAchnowsJ^y le regarde* Thérèse, derrière le prince, fait signe à son ami de ne pas se fâcher.) Je n'agis qu'après avoir bien réfléchi. Si j'ai répété jxisqu'au dernier jour, c'est que je voulais faire tout mon possible pour tenir ma parole. Mais je ne vous ai promis de jouer, rappelez-vous bien, que si Napoléon était réellement le bienfaiteur de l'Humanité que je célébisis dans ma symphonie. —
LA PRINCESSE. — Nous vous avions convaincu qu'il était ce bienfaiteur —
BEETHOVEN l'interrompt vivement. — Pardon, madame. Par vos arguments que vous croyiez concluants mais qui n'avaient que l'apparence de la vérité, vous avez endormi ma conviction. Elle n'a P3S tardé à pe réveiller. Mes réflexions et mes lectures l'ont raffermie de plus en plus et tout le château de cartes de vos raisonnements s'est écroulé.
84 BEETHOVEN OU l' HÉROÏQUE
Bref, la base sur laquelle nia promesse se fondait, tombe, et avec elle ma promesse aussi. Il m est d'ailleurs impossible, je vous l'ai montré suffisamment, d'agir contrairement à mes opmions. Aussi je vous prie de —
LICHNOWSKY l'interrompt vwemerxt. — Nous ne pouvons pas même y songer.
THERESE. — Vous devez respecter ses convictions, Charles. . .
/ ICHNOWSKY. — Ses premières convictions étaient les bonnes. Du reste, il s'agit ici d'autre chose
encore que de — w . j
BEETHOVEN. — Oui, de votre desir, de votre
intérêt. Vous ne voyez que celui-là.
LA PRINCESSE, doucement. — Pardon, mon ami. Nous voyons l'intérêt de la Pologne et la magnanimité de l'Empereur —
LICHNOWSKY . — Oui, et nos engagements a nous deux, Louis. Nous sommes allés trop loin pour pouvoir reculer. Vous-même vous avez convoque pour ce soir tous les musiciens qui ont consacre des heures et des heures à l'étude de leur partie et qui seraient extrêmement irrités contre nous si 1 exécution ne devait pas avoir lieu. Tout est prêt pour la fête Les officiers étrangers et nos amis du voisinage sont invités. Ils attendent avec la plus vive impatience le moment de vous entendre. Moi-même j ai donné au général ma parole. Et un gentilhomme n a
qu'une parole.
BEETHOVEN. — Et un honnête homme n a
qu'une conviction.