‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 65 sur 105 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

GEORGES, (puis) WOLFF.

GEORGES, seul et debout, réfléchit un instant, puis va s'asseoir et feuillette ses papiers; mais bientôt il se reniet à rêver. Brusquement il se relève.)

Ah! pour te conquérir, Ida, je deviendrai ambitieux! (Un temps.) Me faire un nom, je ne le pourrai

ACTF. I

qu'en habitant Bruxelles. J'y avais déjà pensé, mais — (Il rêve encore. On frappe ) Entrez! (Paraît Wol0, professeur et collègue de Georges, son ancien condisciple auasi. Il est, tour à tour, blagueur et sérieux.)

GEORGES. — Tiens. Wolff! (Il lui terre la main.

WOLFF. — Bonjour, Georges.

GEORGES. — Assieds-toi. (Ils s'asseyent.)

WOLFF. — Quelle bonne nouvelle? Pa« encore placé ?

GEORGES. — Non. Et toi?

WOLFF. — Logé à la même enseigne. (Un temps.) Nous sommes admirables aussi. Nous voudrions nous voir nommés par le gouvernement, mai<^ nous ne voulons pas être — de ses amis politiques. Et novis sommes étonnés qu'il nous ignore et que les belles chaires vacantes nous passent sous le nez, l'une après l'autre. Je vais faire comme Roulier. Je vais changer de camp. (Georges sourit.) Tu risl Je parle sérieusement.

GEORGES. — Allons! Allons!

WOLFF. — Quand je te le dis.

GEORGES. — Toi qui as toujours été leur adversaire le plus acharné! Tu en es incapable.

WOLFF, sérieux. — Tu as raison. Je blague. (Farouche.) Plutôt mourir! (De nouveau blagueur.) Du reste pourquoi vouloir absolument goûter les charmes d'une fonction de l'Etat! Il ne manque pas de magnifiques emplois ailleurs. Pour occuper nos nombreux loisirs, et un peu aussi pour — ne pas

crever de faim, nous pouvons courir le cachet. Ce qui, en outre, est un excellent moyen pour — entretenir !a souplesse de nos jambes. Ou bien acceptons vme chaire dans un de ces établissements qui ne sont pas de l'Etat et qui payent leurs professeurs presque aussi bien que — leurs domestiques,

GEORGES. — Certaines villes et quelques fa\ibourgs de Bruxelles commencent tout de même à mieux rétribuer le personnel de leiirs collèges.

WOLFF. — Il était temps. Ils n'en auraient pluê trouvé.

GEORGES. — Alors si le ministre, décidémerit, ne veut pas de nous, nous nous adresserons à ces communes.

WOLFF. — Malheureusement, elles sont plutôt rares, ces communes généreuses. — D'ailleurs il y a encore les places à l'étranger. Ainsi tantôt on nous en offre une chez un — pacha d'Egypte, ce qui nous donne l'occasion de faire des études de moeurs sur les grands de ce pays, leurs harems et lems castrats. Tantôt on demande un professeur dans un collège tuj-c, ou bien dans un lycée du Venezuela. Il est vrai que, pour ma part, je ne tiens pas plus à aller suer là que chez les pachas de l'isthme de Suez. Si j'ai besoin d'un bain turc, pourquoi courir si loin, je trouverai en Belgique tout ce qu'il me faut. — Mais quittons ces pays sudoripares et leur enseignement, et parlons plutôt théâtre. Tu sais qu'on va jouer Chanteclair. Je suppose que tu voudrais assister à cette représentation ?

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