ACTE I
!'il
GEORGES. — Comment, si je voudrais! Ne fût-ce que pour voir se démenant sur la scène tous ces hommes et ces femmes, costumés en — animaux de basse-cour. 11 paraît que c'est de l'art. Moi je trouve cela grotesque.
WOLFF. — Donc tu y viens. Alors nous irons ensemble, j'ai un billet qui nous donne droit à deux entrées pour cette — ferme.
GEORGES. — Tout de même, Wolff, c'est chic ce que tu fais pour moi. Je te dois une fîère chandelle.
WOLFF. — Merci. Je m'éclaire à l'électricité.
GEORGES. — Allons, blague à part, sans toi je ne pyourrais que rarement me payer le luxe du théâtre. Voilà déjà trois ou quatre entrées de faveur que tu me procures.
WOI^FF. — l^ grande afîa're! Elles ne me coûtent rien. Et à toi qui raffoles du théâtre, elles te font plaisir. Alors...
GEORGES. — N'empêche.
WOLFF, de nouveau sérieux. — D'ailleurs i'ai encore un peu de mémoire, Georges. Je n'ai pas oublié et n'oublierai pas de sitôt l'empressement avec lequel tu es venu à mon secours, quand pour ma tihèse de professeur" j'avais choisi, sans m'en douter, un sujet tellement vaste et compliqué que je ne m'en dépêtrais plus. Combien de fastidieuses recherches et traductions n'as-tu pas faites alors
pour moi
GEORGES. — J'y ai beaucoup appris moi-même.
WOLFF. — N'empêche. — Et quand elle fut enfin
debout, la terrible thèse, tu m'as encore aidé à la
revoir, et grâce à toi elle fut prête à temps et elle m*a valu mon diplôme. — Et tu parles de trois ou quatre billets de faveur! — Nous irons donc voiv Chanteclair. Seulement je voudrais d'abord lire la pièce. C'est bien à toi que je l'ai prêtée?
GEORGES. — Oui. J'allais commencer le dernier acte. J'en aurais eu pour une demi-heure.
WOLFF. — Bon, je t'en donne itne entière. Je prendrai le bouquin tantôt quand je repasserai. — Et ta nouvelle comédie? Elle avance?
GEORGES. — Oui, assez. Dis donc, Wolff! Si tti voulais me mettre en rapport avec l'acteur Raoût, ton ami. Je m'instruirais beaucoup à fréquenter cet artiste.
WOLFF. — Ah oui, tu t'instruirais. Il est très fort. Tu veux marcher sur les traces de Rostand et de Maeterlinck dont les lauriers t'empêchent de dormir! Alors tu as raison de chercher par tout moyen à te perfectionner, et je serai heureux de t'y aider autant qu'il est en mon pouvoir. Je te présenterai donc à Raoût demain après la représentation. Mais peutêtre vaudrait-il mieux pour toi vivre à Bruxelles. Là tu serais en contact avec les meilleurs artistes et les théâtres les plus influents.
GEORGES. — Je le sais, Wolff. J'y ai pensé.
WOLFF. — Nous en reparlerons. — Là-dessus je mie trotte. A tout à l'heure.
GEORGES. — Oui.
(Wol0 sort au fond. Georges l'accompagm fMqu'à la porte.)