‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 71 sur 105 · ACTE I 13i · texte numérisé non relu

ACTE I 13i

GEORGES. — Toi, tu en détiens le monopole, sain doute!— Ce qu'il y a, c'est que trop de jeunes gens étudient. Il y a trop de concurrence.

LOUIS. — Allons donc! Trop de concurrence! C'est parce que tu ne te remues pas assez.

GEORGES, dans un mouvement de colère. — Oh!

LOUIS. — C'est ton manque de volonté, te dis-je.

GEORGES. — O toi, à ma place, tu serais au moins professeur d'université maintenant.

LOUIS. — Plus avancé que toi en tout cas.

M"* LESERRE. - - Louis, tu es peu juste pour ton frère, sinon tvi reconnaîtrais comme le font pourtant tous ses camarades, qu'il se donne toutes les peines v"lu monde. Tantôt encore M. Carbonnier disait —

LOUIS Vinttrrompt viven^ent. — Evidemment, c'est toujours moi qu: ai tort ici. Tu prends continuellement son parti, maman, et à tout propos tu me tombes dessus. D'abord il n'y en a toujours eu que pour lui. Père et toi vous vous êtes dépouillés pour lui. et rien n'est resté pour moi —

M"^ LESERRE l'interrompt. — Quels contes! Tantôt Georges le disait encore, et moi je te le répète pour la cinquantième fois. C'est à cause de nos malheurs, de la mort de ton père surtout que nous avons dû le retirer de l'école. N'aurions-nous pas tous préféré le garder et te laisser continuer tes études! Une mère n'aime-t-elle pas ses enfants, l'un autant que l'autre?

LOUIS, touché. — Soit. Vous avez eu des maJheurs et tu as fait tout ce que tu as pu. Mais Ivti, mon frère! S'il a eu plus de chance, s'il voub a coûté plus

lae LA CONQUÊTE DU BONHEUR

que moi, pourquoi ne fait-il pas davantage pour te rendre tout ce que père et toi vous avez dépensé — pour lui, pour te payer un peu de tout le nxal que vous vous êtes donné — pour lui!

GEORGES, entraîné par sa colère. — Oui, ce serait pourtant si simple! Alors toi, n'est-ce pas, tu ne devrais plus l'aider. (Eclatant.) Toi! Tu serais capable d'abandonner ta mère dans le besoin!

LOUIS, criant. — Avec moi, ma mère ne serait pas dans le besoin! (Tout ce qui suit, très vite et crié. )

GEORGES — Avec moi non plus, s'il ne dépendait que de moi!

LOUIS. — Mais c'est toi la cause qu'elle est dans

la misère!

GEORGES, furieux. — Assez! Impertinent! Taistoi' 1 ' •

LOUIS. — Je me tairai quand ça me plaira. Je n ai

pas d'ordre à re::evoir de toi.

GEORGES, avançant, levant la main sur Louis et criant plus fort que lui. — Je te dis de te taire ou — !

LOUIS, le bravant et le regardant dans le blanc des yeux. — Ose donc me ..

M"'' LESERRE, s affalant sur une chaise et se tordant les mains de désespoir. — O mon Dieu! mon Dieu! Œn sanglotant.) Ayez pitié de moi. Seigneur! Prenez-moi auprès de vous. Ils seront débarrassés de la lourde chaîne —

GEORGES, donnant un coup de poing sur la table et regardant fixement Louis. — Tonnerre de Dieu! Je veux avoir la paix chez moi! Cela devient un enfer

Page 1