GEORGES, MADAME LESERRE, LOUIS
M"' LESERRE, comme Louis se tait, pendant que les autres le regardent avec impatience. — Eh bien, Louis?
GEORGES. — E^-tu accepté?
LOUIS. — Troisième commis aux appointements de quatre-vingts francs par mois à partir de demain.
M"" LESERRE. — Ah! Dieu soit loué!
GEORGES — Mes meilleures félicitations! Quatrevingts francs! C'est autre chose que les misérables cinq pièces de cent sous que Barsan te donnait.
LOUIS. — Ce n'est pas beaucoup mais au moins quelque chose de sûr.
GEORGES, bas, c madame Leserre. — Ceci est à mon adresse. (Elle lui fait signe de ne pas répondre.)
LOUIS. — Si maintenant on pouvait compter aussi sur toi, mais...
GEORGES — j'accepterai le premier emploi venu —
LOUIS. — Comme celui de ton camarade Roulier?
GEORGES, interloqué, puis un peu irrité. — Oui, même un pareil.
M^' LESERRE. — C'est vrai. Il vient de me le promettre.
GEORGES. — Et j'y gagnerai au moins deux fois autant que toi
LOUIS. — Pas de phrases, des actes, s'il te plaît.
M""* LESERRE. — Ne répond pas, Georges, sinon il y aura encore une dispute.
GEORGES — Est-ce moi le provocateur! Je supporte beaucoup, mais ces reproches et ces brocards continuels, je ne saurais les souffrir.
LOUIS. — Parce qu'ils te disent la vérité, mes reproches. Comment! Moi qui ai six ans de moins que toi et qui n'ai pas fait d'études, j'ai une place. Alors toi, avec ton grand savoir, ne devrais-tu pas depuis longtemps gagner trois fois, quatre fois autant que moi!
GEORGES. — Tu ne sais pas ce que tu dis.
LOUIS. — Oui, moi je suis trop bête. Je n'ai pas été à l'université, moi.
GEORGES. — Oh, jaloux, va! E^t-ce ma faute, si nos malheurs t'ont empêché de faire des études!
M"^ LESERRE. — Allons, Louis! Ne regrette donc pas toujours de ne pas avoir été à l'université. Tu ne sais pas combien ces jeunes gens ont de difficultés pour se créer une position. M. Wolff ne doit-il pas patienter aussi!
GEORGES. — Et Carbonnier donc! Voilà quatre mois qu'il attend qu'on le nomme juge de paix. Comme avocat il gagne encore moins que moi.
LOUIS. — Oh, celui-là, s'il est intelligent, il ne sue pas l'énergie non plus.