‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 80 sur 105 · ACTE U · texte numérisé non relu

ACTE U

GEORGES. — Mais oui! C'est vrai. — Je t'en prie, ne t'agite pas ainsi. Tu tousses et —

AT" LESERRE. — Oh ça. ce n'est rien. (Elle tousse encore.)

GEORGES. — Encore! — Natiirellement, tu ne voudras pas en convenir. Tu as été malade pendant nvon absence.

M°" LESERRE. — Mais non! Mais non!

GEORGES. — Mais si! Mais si! Je le vois bien.

Af"" EESERRE. — Un petit refroidissement.

GEORGES. — Hum! — Tu n'as pas l'air très franche. Eji tout cas, il faut te soigner, te mettre de la teinture d'iode sur la poitrine, prendre des forces, te coucher de bonne heure. D'ailleurs tu seras plus contente aussi, puisque ça va changer enfin. Finie la misère! Les beaux jours vont venir maintenant, maman, les jours heureux. Cette après-midi, j'irai trouver le préfet, et quand je lui aurai montré les recommandations que je me suis procurées, il m'acceptera avec empressement.

M"^ LESERRE. — Mais alors tu n'es pas nommé! Tu ne sais pas si...!

GEOR.GES, avec calme. — Ne crains rien. Ce ne sera qu'une formalité.

M"" LESERRE. — Et c'est le préfet qui, dans un athénée communal, nomme ses professeurs! Je croyais que c'était l'administration de la ville.

GEORGES. — Souvent celle-ci donne carte blanche au préfet pour trouver des professeurs qu'elle nomme ensuite sur sa recommandation.

M"" LESERRE. — Mais tu viens de si loin. Si un autre t'a devancé?

GEORGES. — Un autre! — Il n'y a pas de danger. Le préfet m'aurait-il écrit de venir si je n'étais pas son homme?

M""" LESERRE. — Allons, je ne veux pas troubler ton espoir par mes craintes. J'ai eu peur un moment. Je me suis dit : On l'a remercié à Bassevilîe, et le voilà sans place.

GEORGES. — Non, maman. Il ne fallait pas avoir pevir. Ceux de Bassevilîe n'avaient aucune prise sur moi puisque je faisais tout mon devoir. Il est vrai qu'il y avait là quelques mauvais bougres — Mais n'en parlons plus. Ils n'en valent pas la peine. C'est un cauchemar que j'ai eu là. Maintenant j'en suis délivré. je suis sauvé. Sorti enfin de ce trou affreux, je respire de nouveau l'air des hauteurs, à pleins poumons.

Af"" LESERRE. — Mon pauvre enfant. Avec ton caractère fier et vif, tu as dû bien souffrir parfois.

GEORGES. — Ah oui, j'ai souffert. Mais j'étais réconforté en songeant au mandat-poste que tous les mois je voulais t* envoyer et qui allait te causer un peu de joie. Malheureusement ce n'aurait pas été beaucoup, vu mon maigre traitement et le manque absolu de leçons particulières dans ce pauvre pays. — Tiens, je t'ai rapporté quatre-vingts francs. (Il tire de son portefeuille quelques billets.) Voilà, maman.

M"^ LESERRE. — Merci, Georges, je suis contente pour nous trois. Tu sais que Louis gagne cent francs à présent?

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