ACTE I
clans la capitale, j'étais certain de la conquérir, elle que j'aime plus que tout au monde.
M"' LESERRE. — Ah! Cette...!
GEORGES, vivement. — D'ailleurs, même si je n'avais pas été poussé par mon amour pour Ida, il m'aurait encore été impossible de demeurer à Basseville. D'abord avec ce traitement de famine, comment vivre un peu convenablement moi-même, payer nos dettes et venir en aide à ma pauvre mère? — Et puis quelles souffrar.ces intellectuelles et morales de tous les instants dans cet infâme trou retranché du monde! — Non! J'en avais assez, à la fin! J'en avais assez! J'aurais mieux aimé casser des pierres sur la grand'route que de traîner plus longtemps une existence pareille —
JULES. — Dans ce milieu de Béotiens où il se serait consumé ou abruti.
GEORGES. — Ah oui! Car jamais le ministre ne n'aurait tiré de là, puisque j'étais casé. Et c'est encore un motif pour lequel j'ai quitté cet endroit maintenant. Si j'avais attendu, pour en sortir, d'être nommé ailleurs, j'y serais resté encore longtemps, comme tant d'autres, toute ma vie peut-être. Bref, c'était la place la plus détestable que je pouvais trouver, à laquelle je devais renoncer absolument. Tu dois le reconnaître, maman, comme mes protecteurs ^t amis le comprendront. (Jules lui serre la main.) Grâce à leurs efforts et aux miens je trouverai prochainement, tu verras, un autre emploi, puisque des professeurs, il en faut toujours.
JULES. — Oui, madame. Un emploi certainement plus avantageux que cette misère de Basseville.
GEORGES. — Reprends donc courage, maman. Les beaux jours viendront quand même bientôt. (Un temps.)
A'/""" LESERRE. — Dans une demi-heure Louis rentrera. 11 est temps que je fasse le dîner. (Elle oa, lente et pâle, vers la porte de droite, pan coupé.)
GEORGES — Allons, ne sois pas triste, petite mère chérie! En agissant comme je l'ai fait, je te jure que je croyais bien faire.
M""" LESERRE. — Je le crois volontiers. Du reste, ça ira mieux, n'est-ce pas, puisque vous le dites, avec tant d'assurance!
JULES. — Oui, oui, ça ira mieux.
GEORGES. — C'est certain. Va maintenant, maman. Va. (Il l'embrasse, puis elle sort à droite.)