ACTE II
GEORGES. — Bon! Voilà que tu t'agites encore pour rien!
M"' LESEFiRE. — Tu n'as pas obtenu cet emploi! (Les autres, instinctivement, se lèvent aussi.)
GEORGES. — Jules prétend qu'il est donné. Mais il est mal renseigné. Il y a confusion.
JULES. — Ah, crois-moi, je ne demanderais pas mieux. Cela me fait d'autant plus de peine que déjà je me réjouissais tant avec toi. Mais cette chaire est réellement occupée. Et devinez par qui?
GEORGES. — Est-ce que je sais? Par une de nos connaissances? Par Wolfî?
JULES. — Par Wolfî.
M^"^ LESERRE, presqu'en même temps. — Ah. mon pressentiment!
GEORGES. — Ce n'est pas possible! Comment le sais-tu?
JULES. — Hier soir j'ai voulu aller chez lui, comme cela m'arrivait parfois. Mais son propriétaire qui est venu m'ouvrir, m'a raconté que M. Wolfî était parti le matin tout de suite après avoir lu dans son journa' l'annorce d'une place d'anglais vacante à l'athénée de Schaerbeek.
GEORGES. — Et le soir il n'était pas de retour?
JULES. — Non, mais il avait télégraphié : J'ai la chaire d'anglais, athénée de Schaerbeek.
M"' LESERRE. tombant dans le fauteuil. — Ah. mon Dieu!
GEORGES, presqu'en niême temps. — Plus de doute. J'arrive trop tard. Je n'ai pas de veine. Evidemment, je n'étais pas certain d'avoir cette place —
i^Q LA CONQUÊTE DU BONHEUR
M""^ LESERRE. — Pourtant tu m'avais affirmé îe contraire.
GEORGES. — Pourquoi t'aurais-je causé d'inutile» aiî'.rmcs si je l'obtenais. Et j'avais tout de même beaucoup de chances d'être nommé. Aussitôt après avoir lu l'annonce, comme je ne voulais pas faire un coûteux voyage de deux jours sans être à peu près certain de réussir, j'avais télégraphié au préfet qui m'avait répondu de venir me présenter —
JULES. — Et tu l'as risqué?
GEORGES. — Oui. Sans doute il n'avait aucune obligation pour cela envers m.oi, je le savais bien, néanmoins cette réponse m'avait donné beaucoup d'espoir. Malheureusement Wolfï était plus près que moi de Bruxelles et il m'a devancé.
M^" LESERRE. — Mais maintenant que tu n'as plus rien, qu'allons-nous devenir? — Qu'allons-nous devenir? Tu étais à l'abri de la misère. Pourquoi astu si vite démissionné à Basseville?
GEORGES. — Si la perspective d'obtenir cet emploi à Schaerbeek ne suffisait pas pour que je démissionne, j'ai eu, pour agir, d'autres motifs très sérieux. D'abord, et à vous deux je peux parler franchement, en restant un malheureux petit professeur au traitement de 1 ,800 francs dans ce trou lointain, je devais craindre d'être abandonné par — mademoiselle Renaud —
JULES, à pari. — Le malheureux!
M""" LESERRE, haut. — Oh!
GEORGES. — Bien que, avant mon départ, elle m'eût promis de me rester fidèle. Tandis que, placé