‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 85 sur 105 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

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pas besoin de consolation, moi, surtout pas d'une pareille. Fais-moi grâce de ce langage fade et insignifiant.

JULES, placide. — Soit, monsieur le hérisson. Je me tairai jusqu'à ce que vous ayez décoléré, que vou» ayez rentré vos piquants.

GEORGES. — Qui donc ne se mettrait pas en colère! Je me voyais enfin sauvé de cette misère asphyxiante, et placé dans la capitale où j'étais dans rrK>n élément, un homme au milieu des hommes, où je fréquentais des poètes et des artistes, où je développais ma personnalité, où je produisais des oeuvres solides qu'on jouait sur les premières scènes du payi et qui me donnaient du renom. Et maintenant, ah, ah, ah, ah! Me voilà dans ia capitale, et le théâtre ne manque pas non plus, encore moins les scènes vivantes et dramatiques — avec ma famille. (Il rit aux éclats.) Ah, ah, ah, ah! (Changeant de ton.) Bah! Si je dois avoir du malheur et du dépit,., je n'ai jamais rien eu d'autre que du dépit, mais j'ai aussi du courage!

JULES. — A la bonne heure! Voilà parler! A propos de ta pièce, les directeurs de théâtre auxquels tu l'as soumise, ne t'ont pas encore répondu?

GEORGES. — Non. Pourtant ils l'ont depuis plu» de deux mois.

JULES. — Et elle est très intéressante. Le professeur EXicant qui s'y connaît, l'a dit lui-même. Avec AX^olff nous travaillerons encore à la placer.

GEORGES. — Oui, mais d'abord je travaillerai à me placer moi-même. C'est à cela que je devrai

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m'attacher avant tout, puisque je l'ai promis à ma mère, à Ida.

JULES, ennuyé, à part. — Toujours cette fenune!

GEORGES s'exalte et vient sur l'avant-scène. — O Ida! Ida! Aussi longtemps que tu m'aimes, je reste fort. Sur la côte escarpée que, haletant et saignant, je gravis à travers mille ronces et pierres tranchantes, je vois ta douce image qui resplendit et me sourit jusqu'à ce que, arrivé au sommet, je t'aie, enfin, conquise.

JULES, à part. -— Puis-je l'arracher à son ivresse, lui enlever ses illusions?

GEORGES, se retournant brusquement. — Jules! Tu as peut-être eu la bonne fortune de la rencontrer pendant que j'ai dû vivre loin d'elle, plus d'un mois.

JULES, froidement. — Je ne l'ai pas vue du tout.

GEORGES. — Ah! Il me reste au moins la consolation, le bonheur d'être auprès d'elle. Le prem.ier pas que je ferai hors de la maison, sera pour aller chez elle.

JULES. — Le malheureux! Il veut...! (Haut.) Ne va pas dans cette maison, Georges!

GEORGES. — Pas dans cette maison! Pourquoi?

JULES. — Tu n'as pas encore oublié cet amour — stupide ?

GEORGES. — Cet amour stu — ! Jules, cet amour, c est mon bien suprême qui remplit ma vie tout entière, et à personne, pas même à toi, je ne puis permettre de le juger comme tu le fais.

JULES. — Hum! S'il faut que je sois un messager de malheur pour toi, eh bien, soit!

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