‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 87 sur 105 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

Batseviile où pourtant je gagnais passablement ma vie. Je nous ai replongés dans la misère, ma famille et nK>i, à cause d'elle. Son ambition n'avait-elle p>a» excité la mienne! Ne prétendait-elle pas que je devienne célèbre! Pour cela ne me fallait-il pas — la capitale!

JULES. — Tu te fais des reproches exagérés, mon ami. Ce n'est pas seulement cette femme et ton espodr de la conquérir qui t'ont attiré vers Bruxellci. Wolff aussi t'en a montré le chemin. Et même sans eux tu avais reconnu que ton art t'y appelait. Quant à Basseville, fallait-il une femme pour te faire quitter ce triste lieu! Oublie donc ce patelin de malheur comme s'il n'avait jamais existé, et remets-toi résolument à la recherche de...

GEORGES. — De quoi? Capitale, théâtre, poésie, célébrité, j'admets que tout cela je l'aïuais recherché même sans Ida. Mais, maintenant, que serait pour moi l'accomplissement de ces rêves, quand je l'ai perdue, elle qui les réunissait, les incarnait tous, qui m'était plus que tout cela — elle, cette étoile radieuse qui avait chassé de ma vie les ténèbres, vers laquelle j'avais levé les yeux, ébloui, ravi, extasié! Maintenant qu'elle a disparu, la divine image, toute ma joie de vivre a sombré. Et de nouveau la nuit, la noire et sinistre nuit s'abat de ses lourdes ailes sur mes tempes et menace de pénétrer dans mon cerveau.

JULES. — Non, Georges. Ton cerveau restera parfaitement lucide. Si la chose que tu redoutes, était arrivée à tou.-? ceux qui ont eu un amotir malheureux, la plupart des hommes aureùent eu cet accident.

D'ailleurs je serai là pour t'empêcher de penser à cette femme, pour te rappeler que tu dois songer à ta position, à ton art, à ta mère.

GEORGES. — A ma mère! Tu as raison, Jules. 11 faut que j'oublie. — Y parviendrai-je ?

JULES. — Je t'aiderai de toutes mes forces.

GEORGES. — Hélas' Je suis tombé de si haut que je crains ne jamais me relever.

JULES. — Si, si, Georges, tu te relèveras. — (Un silence.) Il doit être l'heure de dîner. Mon estomac crie famine. (Il regarde sa montre.) Midi dix. Allons, bon appétit! Et à moi aussi! A tantôt? (Georges fait signe que oui.) Vers deux heures?

GEORGES. — Oui. (Jules sort.)

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