‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 94 sur 105 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

MADAME LESERRE, (puis) JTJLES.

M™° LESERRE, encore plus a^aiblie qu'au second acte, vieni de droite, pan coupé, et avance lentement. Elle regarde dans la boîte aux lettres. — Toujours rien. ♦ Elle oient prendre dans le buffet une tasse et veut ^ scendre. Elle entend du bruit. Vivement.) Là!

]près avoir déposé la tasse sur la table, elle Va ouiyrh a boîte aux lettres, prend et lit. Désappointée.) Un prospectus de libraire. (Elle soupire profondément, pais, voyant sa main décharnée.) La verrai-je cette nomination? J'ai reçu un coup trop fort quand mon fils m'a abandonnée. Mais avant que je meure, faites-le revenir, o mon Dieu, que je puisse...

(On jrappe. D'une voix faible.) Entrez! (Jules entre au fond.)

JULES, gaîment. — Bonjour, madame Leserre.

M"' LESERRE, réjouie et souriante. — Ah, bonjour, monsieur Carbonnier. Quelle agréable siirprise! (Elle se lève avec effort.)

JULES. — Et comment allez-vous?

M°' LESERRE. — Assez bien, monsieur.

JULES. — Vous êtes encore un peu faible sans doute. Mais bientôt vous pourrez vous promener dans

votre petit jardin ou au parc, puisque le printemps nous revient. Et vous allez constater — sut vous même — comme il transforme tout, ceîui-là, comme il donne à tout ce qui vit une vigueur, une joie nouvelle. — Mais, je vous en prie, asseyez-vous donc.

^me J^ESERRE. — Après vous. (Ils s'asseyent.) Et comment vous plaisez-vous là-bas, dans vos nouvelles fonctions ?

JULES. — Mais je dois m' estimer heureux d'être casé enfin. Vous connaissez ma situation. Malgré tous mes efforts pour gagner ma vie comme avocat, j'aurais dû ou bien mourir de faim, ou bien accepter quelque maigre emploi subalterne, si la générosité de mes parents ne m'en avait dispensé. — A la longue cependant je rougissais trop d'être toujours comme un gosse à leur charge. J'ai demandé, sans beaucoup d'espoir d'ailleurs, une place de juge de paix et, à ma grande surprise, le gouvernement, à la fin, m en a donné une, à moi, qui ne suis pas de son parti. Il faut vous dire que ce fut dans ce patelin de Courchamp dont aucun des siens n'avait voulu. — Voilà, madame, l'histoire de mon élévation à la magistrature. Je ne suis pas difficile, tout de même, mes rêves de jeunesse s'étaient portés plus haut. Quand on a fait des études universitaires et qu'on a connu la vie ardente et intellectuelle de la grande ville, ce n'est pas drôle, croyez-moi, de devoir s'enterrer dans un affreux, un désespérant trou de province —

Af"' LESERRE. — Un BasseviUe.

JULES. — Oui, séjour de délices, à tout point de

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