ACTE m
PIRSONNE entre au fond. Il est simple et sans façons, une bonne pâte d homme, d'ailleurs père d'une nombreuse famille. — Otant sa casquette.) — Bonjour, madame. (Il se rapproche.)
M"" LES ERRE. — Ah, c'est vous, monsieur Pirsonne! Bonjour.
PIRSONi\'E, en lui présentant un pain. — S'il vous plaît. (Elle met le pain sur la table. Lui, assez doucemeni.) J'ai apporté votre note. (// tire de son portefeuille une lettre qu'il lui remet.) Vous vous rappelez : Je vous l'avais déjà présentée deux fois.
M"' LESERRE. — C'est vrai.
PIRSGNNE. — Elle a grossi depuis. C'est trois cents francs maintenant.
M"' LESERRE. — C'est bien cela. Je sais, monsieur Pirsonne, que nous mettons votre patience à une rude épreuve. Ooyez bien qu'il nous ennuie beaucoup de vous devoir tant d'argent. Nous ne demandons qu'à vous payer. Si nous n'avons pu le faire dans les derniers temps, c'est parce que — parce que nous avons eu quelques malheurs.
PIRSONNE. — Oui. votre fîls vous a quittée.
M"*" LESERRE. — Comment savez-vous cela?
PIRSONNE. — il a loué une chanibre chez un de mes voisins.
M*" LESERRE. — 11 est parti en colère. Mais il l'a déjà regretté, certainement. Je le connais. Il reviendra bientôt. — Alors — (hésitante.) s'il demeure près de chez vous, vous le voyez quelquefois ?
PIRSONNE. — Tous les jours il passe devant ma boutique. Et des fois, il entre pour acheter du pain.
Même que, avant-hier, pendant qu'il était là, une cliente qui ne le connaissait point, parlait de vous, je ne sais plus à quel propos, et disait que — que vous n'aviez pas fort bonne mine. Et quand elle fut paitie, il me demanda, à moi, si c'était vrai. Je devais le savoir, disait-il, puisque je vous voyais tous les joius. Et j'ai dû reconnaître, comme cette femime, que je vous trouvais moins bien portante.
M"" LESERRE. — Ah! — Et alors?
PIRSONNE. — Alors il est resté là un moment sans rien dire. Et puis il est parti. (Un silence.) Tenez, c'est à cause de votre santé, madame, que je ne vous ai pas reparlé plus tôt de ma créance. Si mainteivant je le fais, c'est parce que je ne puis réellement phia attendre. Je ne suis pas riche. J'ai à ma charge une nombreuse famille.
M""" LESERRE. — C'est vrai.
PIRSONNE. — Et justement ces jours-ci je devrai payer une somme importante. — J'ai donc absolument besoin de mon argent. (Il se tait et la regarde, attendant une réponse.)
M"" LESERRE. — O rnon Dieu, comme je suis triste de ne pouvoir vous satisfaire pour le moment.
PIRSONNE. — Mais dans quelques jours?
Af"* LESERRE. — Avec la meilleure volonté du monde, monsieur Pirsonne...
PIRSONNE, sans raideur. — Vous ne pouvez pas me payer la somme entière? Hum! — Mais tout de même une partie? — la moitié, mettons. — Non? — Au moins un tiers alors? — (Elle se tait toujours.) Il