‹ Théatre (volume 2)Chapitre 141 sur 166 · ARAMINTE, MADAME ARGANTE, M. REMI,1E COMTE · texte numérisé non relu

ARAMINTE, MADAME ARGANTE, M. REMI,1E COMTE

DORANTE, MARTHON.

MARTHON, froidement.

Ne vous pressez pas de le renvoyer, madame; voilà une lettre de recommandation pour lui, et c'est M. Dorante qui l'a écrite.

ARAMINTE

Comment?

ÏIARTHON, donnant la lettre au comte.

Un instant, madame, cela mérite d'être écoulé: la lettre est de monsieur, vous dis-je.

LE COMTE. Il lit haat.

t Je VOUS conjure, mon cher ami, d'être demain sur les neuf heures du matin chez vous; j'ai bien des choses à vous dire. Je crois que je vais sortir de chez la dame que vous savez; elle ne peut plus ignorer la malheureuse passion que j'ai prise peur elle, et dont je ne guérirai ]amais. »

MADAME ARGANTE

De la passion, entendez- vous, ma fille?

LE COMTE, lisant.

« Un misérable ouvrier que je n'attendais pas est venu ici pour m'apporter la boite de ce portrait que j'ai fait d'elle. 1

MADAME ARGANTE

C'est-à-dire que le personnage sait peindre.

LE COMTE, lisant.

c J'étais absent, il l'a laissée à une fille de la maison. »

MADAME ARGANTE, & Marthon.

Fille de la maison : cela vous regarde.

LE COMTE, lisant.

c On a soupçonné quç ce portrait m'appartenait. Ainsi je ipense qu'on va tout découvrir, et .qu'avec le chagrin d'être renvoyé, et de perdre le plaisir de voir tous les jours celle 1 que j'adore... >

MADAME ARGANTE

Que j'adore l Ah ! que j'adore 1

LE COMTE, lisant.

c J'aurai encore celui d'être méprisé d'elle. »

Je crois qu'il n'a pas mal deviné, celui-là, ma fille.

LE COMTE, lisant.

C Non pas à cause de la médiocrité de ma fortune, sorte de mépris dont je n'oserais la croire capable... »

MADAME ARGANTE

Et pourquoi non?

LE COMTE, lisant.

€ Mais seulement à cause du peu que je vaux auprès d'elle, tout honoré que je^suiy de l'estime de tant d'honuêtes gens. »

MADAME ARGANTE

En vertu de quoi l'estiment-ils tant?

LE COMTE, lisant.

t Auquel cas je n'ai plus que faire à Paris. Vous êtes à la

veille de vous embarquer, et je suis détermîoé à vous suivre. »

MADAME ARGANTE

Bon voyage au galant I

M. REMI

Le beau motif d'embarquement ! :

Eh bien, en avez-vous le cœur net^ ma fille ?

LE COMTE

L'éclaircissement m'en parait complet.

ARAMINTE, k Dorante.

Quoil cette lettre n'est pas d'une écriture contrefaite? Vous ne la niez point?

X DORANTE

Madame... i

ARAMINTE

Retirez-vous.

M. REMI

Eh bien, quoi ? C'est de l'amour qu'il a; ce n'est pas d'aujourd'hui que les belles personnes en donnent; et, tel qi^e vous le voyez, il n'en a pas pris pour toutes celles qui auraient bien voulu lui en donner. Cet amour-là lui coûte quinze mille livres de rente, sans compter les mers qu'il veut courir: voilà le mal; car, au reste, s*il était riche, le personnage en vaudrait bien un autre; il pourrait bien dire

qu'il adore. (Contrefaisant madame Argante.) Et Cela ne serait

point si ridicule. Accommodez-vous; au reste, je suis votre serviteur, madame, (n sort.)

^ARTHOX.

Fera-t-on monter l'intendant que M. le comte a amené» madame?

ARAMINTE

N'enlendrai-je parler que d'intendants? Allez-vous-en ! voua prenez mal votre temps pour me faire des questions. (Mar-

iUou sort.)

Mais, ma fille, elle a raison : c'est M. le comte qui vous en répond, il n'y a qu'à le prendre.

ARAMINTE

Et moi, je n'en veux point. ^

LE COMTE

Est-ce h cause qu'il vient de ma part, madame?

ARAMINTE

Vous êtes le matire d'interpréter, monsieur; mais je n'en veuK point.

LE GOUTE

Vous vous expliquez là-dessus d'un air de vivacité qui m'étonne.

MADAME AAGAIITE.

Mais, en effet, je ne vous reconnais pas. Qu'est-ce qui vous fâche?

ARAMINTE

Tout : on s*y est mal pris; il jr a dans tout ceci des façons si désagréables, des moyens si offensants, que tout m'en choque.

MADAME AR6ANTE, étonnée.

On ne vous entend point.

LK COMTE

Quoique je n'aie aucune part à ce qui vient de se passer, je ne m'aperçois que trop, madame, que je ne suis pas exempt de votre mauvaise humeur, et je serais fâché d'y contribuer davantage par ma présence.

MADAME ARtSAMIC.

Non, monsieur je vous suis. Ma fille, je retiens M. le comte; vous allez venir nous trouver apparemment. Vous n'y songez pas, Araminte; on ne sait que penser.

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