‹ Théatre (volume 2)Chapitre 147 sur 166 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

LUCIDOR, FRONTIN^ en bottes et en habit de maître. '

LUGIBOR.

. Entrons dans cette salle. Tu ne fais donc que d'arriver?

FRONTIN

Je viens de mettre pied à terre à la première hôtellerie du village : j'ai demandé le chemin du château, suivant Tordre de votre lettre, et me voilà dans l'équipage que vous m'avez prescrit. De ma figure, qu'en dites-vous? Y reconnaissezvous votre valet de chambre, et n'ai-je pas l'air un peu trop seigneur?

LVCIDOR.

Tu es comme il faut : à qui t'es-tu adressé en entrant?

FRONTIN

Je n'ai rencontré qu'un petit garçon dans la cour, et vous avez paru. A présent^ que voulez-vous faire de moi et de ma bonne mine?

LXTCIDOR.

Te proposer pour époux à une très-aimable fille.

FRONTIN

Tout de boni Ma foi, monsieur, je soutiens que vous êtes ^core nlus aimable qu'elle.

LUCIDOR.

Eh! non, tu te trompés; c'est moi que la chose regarde.

FRONTIN

En ce cas-là, je ne soutietis plus rien.

LVaDOR.

Tu sais que je suis venu ici il y a près de deux mois pour

Ul THÉÂTRE DE MÂRIVAU^.

y voir la terre que mon homme d'afîaires m'a achetée ; j'ai trouvé dans le château une madame Argante, qui en était comme la concierge, et qui est une petite bourgeoise de ce pays-ci. Cette bonne dame a une fille qui m'a charmé^ et c'est pour elle que je veux te proposer.

Pour cette fille que vous sàm^tô t^ CQtilcIeQc^ est gaillarde. Nous serons donc trt^? Vbus trattez cette affaire-ci comme une partie de piquet.

LUGIDOR.

Écoute-moi donc : j'ai dessein de l'épouser moi-même.

FRONTIN

Je vous entends bieo^ quand je l'aurai épousée. ^

Me laisseras-tu dire? Je te présenterai sur le nled d'un homme riche eiBionani» aftfi<le.voâr sCdle m'^iiMré assez pour le refuser.

Ahl c'est 1100 autxe biolQire, e^ c^ét«iiVilY^^»i^^:tese qui m'inquiète. '

(^Qi?

G^est q«'en vouant f ai tencontte près es fhôtéllerie ime fille, qui ne m-» pas iaperçu, je pense, qui eattssit sur le nas d'une porte, mais qui m'a bien la mine d'être une certakie Lisette que j'ai connue à P«m U y a quatre ou cinq ans, et qui était à uoe^ dA»e chea qui tOQU malbre «U»H soii^KVt. Je n'ai vu cette Lisette-là que deux ou trois fois; mais, comme elle était jolie, je lui en al conté tout autant de tois qfi0 je Vvi vue, et cela vous grave dans l'esprit d'aue Me..

LUCinOR.

Hais, vraiment, il y en a une chez madame Armant ede ce nom-là, qui est du village, qui y n toute sa famille, et qui a passé en cSét quelque temps* ë PMff avee une dame du pays.

Ha foi, monsieur, la friponne me fteùmtfMn; iFy a deeer-> taines tournures d'homme (iu'oQ «'oublie point.

Tout le remède que j'y saohe, e'est de payer d'effronterie, et de lui persuader qu'elle se trompe» '

Qhl pour 4q T^oiUiçriej^ j<9 suis. #& fewte^

L'ÉPBBUYB. SU

l/VGIDOR.

is des honu s'y méprend?

N'y a-t-il pas des hommes qui se ressemblent tant, ^'on id?

Allons, je resesemèiorai^ voilà lout. lfal8,iâites**moi, moQ-» sieur, sounrlriez-Yous un j>eUt mot de représentation ?

Fifle.

moNTm.

Qfmiqu'à la ffenr de votre âge, vous êtes tout à 1^11 sage M raisonnable : H me semble pourtant que votre projet est bien jeune.

LUCIDOU, sériensament.

Bemi

Doucement I vous êtes le fils d'un riche négociant qui vous è laissé plus de cent mille livres de rente, et vous pouvez

{)rétendre aux plus grands partis : le minois dont vou^ parez e$t-il Cait pour vous appartenir en légitime mariage? HiChe comme vous êtes, on peut se tirer oe là à meilleur marché, ce me semble.

iiuanoa.

TAis-toi, tu ne comaais point cdle dont tu parles. Il est Trai qu^Ai)géilque n'est qu'une simple bourgeoise de campagne, mais originairement elle me vaut bien, et je n'ai pas îentétement des grandes alliances: elle est d'ailleun; si aimable, et je démêle à travers son innoœnoe tant dlioBAeur et tant de vertu en elle; elle a naturellement un caractère si distingué, que« ai elle m'aime, comme je le croisse ne serai Jamais qu'à ette.

Gomment 1 si elle vous aime ? Est-ce que cela n'est pas décidé?

LUGIDOR.

Non; il n'a pas enoore été que^ten du mot d'amour entre elle et moi ; je ne lui al jamais dit que je l'aime; mais toutes mes façons n'ont si|;nirie que cela, toutes les siennes n'ont été que des expressions du penchant le plus tendre et le plus ingénu. Je tombai malade trois jours après mon arrivée; j'ai été même ^n quelque danger, le l'ai vue inquiète, l^larmée, plus changée qoe moi; j ai vu aes larmes couler de ses yeux sans que sa mère s'en aperçût; et, depuis que la santé m'est fevenue, nous conUnuocn de mén^: je l'aime toujours sans lu lui dira: elle m'aioM aussi sans in'«n parler, et «ans vou-

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loir cependant m'en faire un secret; son cœur simple^ honnête et vrai n'en sait pas davantage.

FRONTIN

Mais, vous gui en savez plus qu'elle, que ne mettez- vous un petit mot d amour en avant? il ne gâterait rien.

LVCIDOR.

Il n'est pas temps : tout sûr que je suis de son cœur, je veux savoir à quoi je le dois, et si c'est l'homme riche, ou seulement moi qu'on aime; c'est ce que j'édaircirai par l'épreuve où je vais la mettre. Il m'est encore permis de n'appeler qu'amitié tout ce qui est entre nous deux, et c'est de quoi je vais profiter.

FRONTIN

Voilà qui est fort bien; mais ce n'était pas moi qu'il fal-' lait employer.

tucmoR.

Pourquoi ?

PRONTIN.

Oh! pourquoi? Mettez-vous à la place d'une fille, et ouvrez les yeux, vous verrez pourquoi. Il y a cent à parier contre un que je plairai.

LUGIDOR.

Le sot ! Eh bien, si tu plais, j'y remédiera! sur-le-champ en te faisant connaître. As-tu apporté les bijoux?

FRONTIN, fooillaot dans 8a poche.

Tenez, voilà tout.

LUGIDOR.

Puisque personne ne t'a vu entrer, retire-toi avani que quelqu'un que je vois dans le jardin n'arrive. Va t'ajuster, el ne reparais que dans une heure ou deux.

FRONTIN

Si vous jouez de malheur, souvenez-vous que je l'ai prédit.

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