‹ Théatre (volume 2)Chapitre 21 sur 166 · SCÈNE VI LISETTE, LA MARQUISE, HORTENSIUS, LUBIN · texte numérisé non relu

SCÈNE VI LISETTE, LA MARQUISE, HORTENSIUS, LUBIN

LISETTB.

Je viens de donner vos ordres, madame; on dira là-bas que vous n'y êtes pas, et, un moment après...

LA MARQUISE

Gela suffit, il s'agit d'autre chose à présent; approche. (A Lnbin.) Et toi, reste ici, je te prie.

LISETTE

Qu'est-ce que c'est donc que cette cérémonie?

LUBIN, à Lisette, bas.

Tu vas entendre parler de ma besogne.

LA MARQUISE

Mon mariage avec le comte, quand le terminerez-vous, Lisette?

LISETTE, regardant Lobin.

Tu es un étourdi.

'*^ LUBIN

Écoute, écoute.

LA MARQUISE

Répondez-moi donc, quand le terminerez-vous ? (Hortensiiu

lit.)

LISETTE, le contrefaisant.

Eh ! eh 1 eh t Pourquoi me demandez-vous cela, madame?

LA MARQUISE

C'est que j'apprends que vous me mariez avec M. le comte, au défaut du chevalier, à qui vous m'avez pro* posée, et qui ne veut point de moi, malgré tout ce que vous avez pu lui dire avec son valet, qui vient m'exhorter à avoir de l'amour pour son maître, dans l'espérance que cela le touchera.

LISETTE

l'admire le tour que prennent les choses les plus louables, quand un benêt les rapporte.

LUBIN

Je crois qu'on parle dé moi.

LA MARQUISE

Vous admirez le tour que prennent les choses?

LISETTE

Ah çàl madame, n'allez-vous pas vous fâcher? n'allezvous pas croire que j'ai tort?

LA MARQUISE

Quoi! vous portez la hardiesse jusque-là, Lisette? Quoi! prier le chevalier de me faire la grâce de m'aimer, et tout pour pouvoir épouser cet imbécile-là?

LUBTN.

Attrape, attrape toujours t

LA MARQUISE

Qu'est-ce que c'est donc que l'amour du comte ? Vous êtes donc la confidente des passions qu'on a pour moi, et que je ne connais point? El qu'est-ce qui pourrait se l'imaginer! Je suis dans les pleurs, et l'on promet mon cœur et ma main à tout le monde, même à ceux qui n'en veulent point : je suis rejetée, j'essuie des affronts ; j ai des amaftts qui espèrent, et je ne sais rien de tout cela! Qu'une femme est à plaindre dans la situation où je suis 1 quelle perte j'ai faite t et comment me traite-t-on!

LUBIN, à part.

Voilà notre ménage renversé.

LA MARQUISE, à Lisette.

Allez! je vous croyais plus de zèle et plus de respect pour votre maîtresse.

LISETTE

Fort bien, madame; vous parlez de zèle, et je suis payée du mien. Voilà ce que c'est que de s'attacher a ses maîtres; la reconnaissance n'est point faite pour eux : si vous réus-

S4 THÉÂTRE DE HARIVAUIL

sissez à les servir» Ufi ea proâtoBt, et, quand vous no vaii86k^z.[^8y ils vous traitent^omme desinisécables.

LVBIN.

Gemme des imbéciles.

HOETBNBHIS, i Lisette.

ircst' Ti»t qu^ vauérait mieia qitt oela ne fût point lAveinu

Eh! monsieur, mon veuvage est éternel. En vérité, il n'y a point de femme au monde piês éloignée du mariage que mèyist jAai^erdui^ietaéul bomsie yai pmwnHitaë ataire ; mais, malgré tout cela, il y a de certaines aveolurea désagréables pour une femme. Le chevalier m'a refusée, par exemple; j lijon amour-propre ne lui en v^eut aucun, mal; il n'y » là dedans, comme je vous Tai déjà dit, que le ton, que la manière que ^ condamne-; car, quand il m'aimerait, cela lui serait inutile : mais enAn il mu refosée, oeta est constant; il peut se vanter de cela, il le fera peut-être. Qu'en aftdve-t-il f Gteia jette uo air de vebut aur une femme, les égards et l'attention qu'on a pour elle en .diminuent, cela glace tous les esprits pour elle. Jq ne parle point des cœurs, \ car je n'en ai qiue faire; mais on a besoin de considération ^daos la vie, elfe dépend de Topinion qu'on prend de vous; ;C*est l'opinion qui nous donne tout, qui nous ôte tout, au point qu'après ce qui m'arrive, si je voulais me remarier, je le suppose, à peine m'estimera it-on quelque chose; il ne serait plus flatteur de m'aimer; lec&mvey s'il sannait ce qui s'est passé, oui, le comte, je suis persuadée qu'il ne voudrait plD»ae moi.

LTTBIW, derrière.

Je n^e serais pas si dégoûté.

LISETTE

Ht moi, ntadame, je 4is que le chevalier est un hypocrite; car, si son* refus est sérieux, pourquoi n'a-t-il pas TduUi servir M. le comte ooauxie je l'en priais? pourquoi m'a-t-il refusée durement, d'un air inquiet et piqué?

LA KABi^iSE.

Qu'est-ce que c'est qae d'un air piqué? Quoi! que voulezvaufr dire? EstfCB qu'il était jaloux YËn voici d'une autre espèce I

tISBTTE.

6ui,, madaDaei je l'ai cru jaloux; voilà ee que c'est; il en «vaét toute la mine. Monsieur s'informe comment le comte Mt aupoès de voua, eommeiu vous le recevez; on lui dit

LA J^URPRISE DE L'AMOUA. 3S

que vous soufTrez ses visites^ que vous ne les recevez point mal. c Point mal? dit-il avec dépit. Ce n'est doncpas la peine que je m'en mêle.» Qui esl-ce qui n'aurait pas cru, là-dessus qu'il songeait à vous pour liii-iiiéfiie? Voilà ce qui m'avait (ail parior» mdk 9k\ que saiÉ^B ce (pi se pasw âims sa icle? Peut-être qu'il vous aime.

LUBiN, émikm. 11 en est bien capable.

LA. MARQUIS

Me voilà déroutée; je. na. sais plu» «ommént iréUflar mm conduite; car il y en a une a tenir Ta dedans; j'i^pnoise laquelle, et cela m'inquiète.

UÛMTBNSirS.

Si vous nele pesmettez, madame, je vous apprendrai un petit axiome fiui vous sera, sur la «hose, d'^ne Tnervefl^ Icuse insiractioa; c'est que le jaloiG veat avoir ce qa'9 aime; or, étaQt manifeste que le chevalier vous refuse...

LA MARQUISE, l'intononq^t.

Il me refuse? Vous avez des expressions ibm gamàève» ; ! volve axiome n/e sait ce qu'il dit : U n'est pas aneore sâr qa'M \ me refuse.

LISETTE

Il s'en faut bien. Demandez au comte ce qu'il en pense.

LA HARQUISE.

Oommentl est-ce que le comte était présent?

LISETTE

Il n'y était plus. Je dis seulement qu'il croit que le chevalier est son rival.

Ce n'est pas assez qu'il le croie» cft B*est p9fi asasi^ ikSwà <|ue cela soit; il n'y a que cela qui puisse me venger de l'ulfront presque public que m'a/ait sa réponse; il n'y a que cola : j'ai besoin, pour réparation, que son discours n'ait été qu'un dépit amoureux. Dépendre dun dépit amoureux, cela n'est-il pas agréable? AssuFément, ce n est pas que je me soucie die ce qu^oD appelle la glaire d'une femme, gloire solie, ridicule, mais reçue, mais établie, qu'iU'au* soutenir cîqui nous pare; les hommes pensent comme cela, il faut penser comme les hommes, ou ne pas vivre avec eux. Où on suis-je donc, si le chevalier n'est point jaloux? L'est-il? y ne l'est-il point? On n'en sait rien, c'est un peut-être; mais^ OGiie gloire en souffre, toute sotte qu'elle tst, et me voilà! dans la triste nécessité d'étfe aimée d^un homme qui moi {lôplalt ; le moyen de tenir à cela ? Oh I je n'en demeurevai pas { fi\Q n'en demeurerai pas là. Qu'en dites-vous, monsieur? 11/ faut que la chose sTédaircisse absolument^

nORTENSlUS.

Le mépris serait suflîsaDt, madame.

LÀ MARQUISE

Ehl non, monsieur! VOUS me conseillez mal; vous ne savez parler que de livres.

IVBIN.

n y aura du bâton pour moi dans cette afTaire^à.

LISETTE, plenrant.

Pour moi, madame, je ne sais pas où vous prenez toutes vos alarmes ; on dirait que j'ai renversé le monde entier. On n'a jamais aimé une maîtresse autant que je vous aime. Je m'avise de tout, et puis il se trouve que j'ai fait tous les maux imaginables. Je ne saurais durer comme cela; j'aime mieux * me retirer; du moins, je ne verrai point votre tristesse, et l'envie de vous en tirer ne me fera point faire d'impeftinences.

LA MARQUISE

Il ne s'agît pas de vos larmes; je suis compromise, et vous ne savez pas jusqu'où cela va. Voilà le chevalier qui, vient. Restez; j'ai intérêt d'avoir des témoins.

Page 1