‹ Théatre (volume 2)Chapitre 40 sur 166 · X. ORGON · texte numérisé non relu

X. ORGON

tu me parais triste. Lisette, de son côté, baisse les yeux. Qu'est-ce que cela signifie? Parle donc, toi! de quoi s'agit-il?

LISETTE

Monsieur, un visa|p;e qui fait trembler, un autre ^i ISIft mourir de froid, une ame gelée qui se tient à l'écart, et puis le portrait d'une femme qui à le visage abattu, un teint plombé, des yeux bouffis et qui viennent de pleurer; voilà, monsieur, tout ce que nous considérons avec tant de recueillement.

H. OROON.

Que veut dire ce galimatias ; une ftme, un portrait?... Ex« pllque->toi donc : je n'y entends rien.

SILVIA

C'est que j'entretenais^ Liselte du malheur d'une femme maltraitée par son mari : ie lui citais celle de Tersandre^ que je trouvai l'autre jour tort abattue, parce que son mari venait de la quereller; et je faisais là-dessus mes réflexions.

LISETTE

Oui, nous parlions d'une physionomie qui va et qui vient; nous disions qu'un mari porte un masque avec le monde, et une grimace avec sa femme.

H. ORGON

De tout cela, ma fille, je comprends que le mariage falarme, d'autant plus que tu ne connais point Doranle.

LISETTE

Premièrement, il est beau; et c'est presque tant pis.

M. ORGON

Tant pis! Rêves- tu, avec ton tant pis?

LISETTE

, r Moi, je "dis ce qu'on m'apprend; c'est la doctrine de ^.^^' madame; j'étudie sous elle.

H. ORGON

Allons, allons, il n'est pas question de tout cela... Tiens, ma chère enfant, tu sais combien je t'aime. Dorante vient pour t'épouser : dans le dernier voyage que je fis en province, j arrêtai ce maria^e-là avec son père, qui est mon intime et ancien ami ; mais ce fut à condition ^ue vous vous plairiez à tous deux, et que vous auriez entière liberté de vous expliquer là-dessus. Je te défends toute complaisance à mon égard : si Dorante ne te convient point, tu n'as qu'à le dire, et il repart; si tu ne lui convenais pas, il repart de même.

LISETTE

Un duo de tendresse en décidera comme à l'Opéra : « Vous me voulez, je vous veux, vite un notairel > ou bien : «M'ai^ ' mez^vous ? Non? Ni moi non plus; vile à cheval. »

M. ORGON

Pour moi, je n'ai jamais vu Dorante; il était absent quand j'étais chez son père : mais, sur tout le bien qu'on m'en a dit, je ne saurais craindre que vous vous remerciiez ni l'un ni l'autre. -*

SILVIA

Je suis pénétrée de vos bontés, mon père; vous me dé-' fendez toute complaisance, et je vous obéirai.

U. ORGON

Je te l'ordonne.

SILVIÀ.

Hais, si j'osais, je yous proposerais, sur une idée qai me vient, de m'acccmer une grâce qui. me tranquilliserait tout à fait.

If. ORGON.

Parle; si la chose est faisable, je te Taccocde.

* '^SII.YIA.

Elle est très-faisable; mais je crains que ce ne soit abuser de Yos bontés.

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