M. OI^SON
le commence par vous recommander d'être discret sur ce que je vais vous dire, au moins.
HARIO.
Je suivrai vos ordres.
M. ORGON
Nous verrons Dorante aujourd'hui; mais nous ne le verrons que déguisé.
MARIO
Déguisé l Viendra-t-il en partie de masque ? lui donnerezvous le bal?
M. ORGON
Écoutez rarticlB'dc ta lettre du père. Hum. « le ne sais, au reste, ce que vous penserez d'une imagination qui est venue àjBon ûls.; elle est bizarre^ il en convient.lui-ioême;mai9le
n THÉÂTRE DE MARIVAUX.
motif en est pardonnable et même délicat : c'est qu'il m'a prié de lui ^permettre de n'arriver d'abord chez vous que sous la figu^re de son valet, qui, de son côté^ fera le personnage de son maître...»
IfARIO.
Ah, ahl cela sera plaisant.
M. ORGON
Écoutez le reste. « Mon fils sait combien l'engagement qu'il va prendre est sérieux, et il espère, dit-il, sous ce dég^uisement de peu de durée, saisir quelc^ues traits du caractère de notre luture, et la mieux connaître, pour se régler ensuite sur ce qu'il doit faire, suivant la liberté que nous sommes convenus de leur laisser. Pour moi, qui m'en fie bien à ce que vous m'avez dit de votre aimable fille, j'ai consenti à tout, en prenant la précaution de vous avertir, quoiqu'il m'ait demandé le secretx de votre côté, vous en userez làrdessus avec la future comme vous le jugerez à propos. /Voilà ce que le père m'écrit. Ce n'est pas le tout, voici ce qui arrive : c'est que votre sœur, inquiète de son côté sur le chapitre de Dorante, dont elle ignore le secret, m'a demandé de jouer ici la même comédie, et cela précisément pour observer Dorante, comme Dorante veut l'observer. Qu en dites-vous? Savez-vous rien de plus particulier que cela?Hclueilement la maîtresse et la suivante se travestissent. Que me conseillez-vous, Mario ? avertirai-je votre sœur, ou non?
HARIO.
Ma foi! monsieur, puisque les choses prennent ce train-là, je ne voudrais pas les déranger, et je respecterais Tidée qui leur est inspirée à l'un et à rautre. Il faudra bien qu'ils se
Î)arlent souvent tous deux sous ce déguisement; voyons ai eur cœur ne les avertira pas de ce qu'ils valent. Peut-être que Dorante prendra du goût pour ma sœur, toute soubrette qu'elle sera, et cela serait charmant pour eUe.
'*"' M. ORGON
Nous verrons un peu comment elle se tirera d'intrigue.
MARIO
C'est une aventure qui ne saurait manquer de nous divertir; je veux me trouver au début, et les agacer tous deuj*