‹ Théatre (volume 2)Chapitre 53 sur 166 · ORGON · texte numérisé non relu

ORGON

Ceci est donc bien sérieux?

LISETTE

Oui, très-sérieux. Vous avez consenti au déguisement de mademoiselle Silvia; moi-même, je l'ai trouve d'abord ^ans conséquence; mais je me suis trompée.

Et de quelle conséquence est-il donc?

LISETTE

Monsieur, on a de la .peine à se louer soi-même; mais» malgré toutes les règles de la modestie, il faut pourtant que je vous dise que, si vous ne mettez ordre à ce qui arrive, votre prétendu gendre n'aura plus de cœur à donner a mademoiselle votre'fille; il est temps qu'elle se déclare, cda presse; car, un jour plus tard, je n'en réponds plus.

M. ORGON

Eh! d'où vient qu'il ne voudrait plus de ma flUe quand il la connaîtra ? Te deûes-tu de ses charmes?

LISETTE

Non; mais vous ne vous méfiez pas assez des miens : je TOUS avertis gu'ils vont leur train, et que je ne^vous conseille pas de les laisser faire.

M. ORGON

Je vous en fais mes compliments, Lisette... (n rit.) Ahi ahtaht

Nous y voilà : vous plaisantez, monsieur, vous vo nez de moi; j'en suis fâchée, car vous y serez pris.

LISETTE

nonsieur, vous vous mo« quez de moi; j'en suis Tâché

M. ORGON. '

J^e t'en embarrasse pas, Lisette; va ton chemin.

Je vous le répète encore, le cœur de Dorante va bien vite; tenez, actuellement, jelui plais beaucoup; ce soir, il m'aimera; il m'adorera demain. Je ne le mérité pas, il est de mauvais goût, vous en direz ce qu'il vous plaira ; mais cela ne laissera pas que d'étre> voyez-vous; demain, je me garantis adorée. '

M. OHGON.

Eh bien,, que vous importe ? S'il vous aime tant^ qu'il vous épouse.

LISETTE

Quoi l.yous ne l'en empêcheriez pas?

/^ M. ORGON

Non, d'homme d'honneur, si tu le mènes jusque-là.

LISETTE

Monsfeur, prenez-y garde : jusqu'ici, je n'ai pas aidé à mes appas, ie les ai laissés faire tout seuls; j'ai ménagé sa tête; SI je m en mêle, je la renverse, il n'y aura plus de remède.

M. ORGON

Renverse, ravage, brûle, enfin épouse I je te le permets, si tu le peux.

LISETTE

Sur ce pied-là, je compte ma fortune faite.

H. ORGON

^ Mais, dis-moi, ma fille t'a-t-elle parlé ? Que pense-t-elle de son prétendu ?

LISETTE

Nous n'avons encore guère trouvé le moment de nous parler, car ce prétendu m obsède; mais, à vue de pays, je ne la crois pas contente : je la trouve triste, rêveuse, et je m'attends bien qu'elle me priera de le rebuter, ^-^c^^^ 4^^.^

M. ORGON

Et mol. Je te le défends : j'évite de m'expliquer avec elle, j'ai mes raisons pour faire durer ce déguisement. Je veux qu'elle examine son futur plus à loisir. Mais le valet, comment se gouverne-t-il? Ne se mêle-t-il pas d'aimer ma fille ?

LISETTE

C'est un original: j'ai remarqué qu'il fait l'homme de conséquence avec elle; parce qu'il est bien fait, il la regarde et soupire.

If. ORGON.

Et cela la fâche?

LISETTE

Mais... elle rougit.

M. ORGON

Boni tu te trompes: les regards d'un valet ne l'embarrassent pas jusque-là.

LISETTE

" Monsieur, elle rougît.

M. aRGON.

C'est dènedlndignaliofl.

LISETTE

A la bonne heure.

M. ORGON

£h bien, quand tu lui parleras, dis-lui que tu soupçonnes ce valel de la prévenir contre son maître; et, ôl elle se fâche, ne l'en inquiète point, ce sont mes affaires. Mais voici Dorante, qui te cnerohe apparemno^t

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