‹ Théatre (volume 2)Chapitre 77 sur 166 · II.VU · texte numérisé non relu

II.VU

Instruire un homme qui parti

DORANTS»

fe ne partirai point.

aiLVIA.

Laissez-moi ; lenei, si vous m'aimez, ne mlnterroff ez

{>oint; vous ne craignez que mon indifférence, et voua mes rop heureux que je me taise. Que voua importeQt mes sentiments ?

DORANTE

Ce qu'ils m'importent, Lisette I Peux-tu douter encore que jet*adopef

SILVIA

Non, et vous mQ le répétez si souvent, que je vous croîs; mais pourquoi m'en persuadez- vous? que voulez-vous que ie fasse de cette pensèe-Ià, monsieur ? Je vais vous parler a cœur ouvert : vous m'aimez, mais votre amour n'est pas une chose bien sérieuse pour vous; que de ressources n'avez vous pas pour vous en défaire^^a distance qu'il y a de vous à moi, mille. objets que vous ^Uez trouver sur > votre chemin, l'envia qiron aura de vous' rendre sensible, v les amusements d'un homme de condition, tout va vous ôter cet amour dont voua m'entrèienez impitoyablement. Voua en rîrez peut-être au sortir d*ic\et vous aurez raison; mai*, TOOi, monsieur, si je m'en ress^viens, comme j'en ai peur; ^Hlm'a frappée, quel secours aurai-je contre l'impression qîTïï m'aura faite f quijasirej5i[ui W,dMomia9g£dra de vetre pefle? qui voulez-vous que" "mon cœnr mette à votre place? Savez-vous bien que, si je vous aimaîi^ tout ce qu'il y a de plus grand dans le monde ne me toucherait plus>Jugez donc del'éttft eà jô resterais; ayez la générosité di me eadier votre amour : moi qui vous parle, je me ferais un sorupitie de vous dire que je vous aime dans les dispositions où vous êtes; l'aveu de mes sentiments pourrait expwjser votre raison; / v<^ et vous voyez bien aussi que je vous les cache.

D0RA]N[TE

Ah I ma chère Usette, que viens-je d'entendre ? Tes paroles ont un feu qui me pénètre ; je t'adore, je te respecte. Il n'est ni rang, ni naissance, ni fortune, qui ne disparaisse devant une àme comme la tienne; j'aurais honte que mon orgueil tînt encore contre toi, et mon cœur et ma main t'appartiennent.

SILVIA

En vérité, ne 'mériteriez-vous pas que je les prisse ? Ne faut-il pas être bien géûéieu$e pour vous dissimuler le' plaisir qu'ils me font, et croyez- vous que cela puisse durer?

DORAMTB.

Vous m'aimez donc?

$ILVU.

Non» non : mai», ai vous me le demander encorei tant pis pour vous!

DORANTE

Vos menaces ne me font point de peur.

SILVU*

Et Mario, vous n'y songez doue plus?

DORANTE

Non, Lisette; Mario ne m'alarme plus, vous ne l'aimez pini; vous na pouvez plus me troaiper,. vous aves k coeur

m THÉÂTRE DE MARIVAUX.

vrai, vous êtes sensible à ma tendresse; je ne saurais en douiep au transport qui m'a pris, j'ensuis sûr, et vous ne sauriez plus nVoter cette certitude-lar

SILVU.

Oh 1 je n'y tâcherai point; gardez-la, nous verrons ce que VOUS en ferez.

Ne consentez-vous pas a être à moi?

SILVU.

Quoi! vous m'épouserez malgré ce que vous êtes, malgré la colère d'un père, malgré votre fortune?

DORANTE

Mon père me pardonnera dès qu'il vous aura vue; ma fortune nous sufïst à tous deux, et le mérite vaut bien la naissance: ne disputons point, car je ne changerai jamais.

SILVU.

Il ne changera jamais! Savez-vous bien que vous me cha^ mez, Dorante ?

DORANTE

Ne gênez donc plus votre tendresse, et laissez-la répondre...

savu.

Enfin j'en suis venue à bout; vous.«t vous ne changerez jamais \

DORANTE

Non, ma chère Lisette.

SILVU.

Que d'amour I

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