‹ Théatre (volume 2)Chapitre 79 sur 166 · SCENE PREMIÈRE LE CHEVAUER, HORTENSE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIÈRE LE CHEVAUER, HORTENSE

LB CHEVALIER

La démarche que vous allez faire auprès du marquis m'alarme.

HORTENSE

Je ne risque rieii;, vous dis-jé. Raisonnons. Défunt son parent et le mien luî laisse six cent mille francs, à charg[e, ii est vrai, de m'épouser, ou de m'en donner deux cent mille; cela est à son choix; mais le marquis ne sent rien pour moi. Je suis sûre qu'il a de l'inclination pour la comtesse. D'ailleurs, il est déjà assez riche par lui-même. Voilà encore une succession de six cent mille francs qui lui vient ^ à laquelle il ne s'attendait pas. Et vous croyez que, plutôt que d en distraire deux cent mille, il aimera mieux m'épouser, moi qui lui suis indifférente, pendant qu'il a de l amour pour la comtesse, qui peut-être ne le hait pas, et (fui a plua de bien que moi? Il n'y a pas d'apparence.

LE CHEVALIER

Mais à quoi jugez-vous que la comtesse ne le hait pas ?

HORTENSE

A mille petites remarques que le fais tous les jours; et ie n'en suis pas surprise. Du caractère dont elle est, celui au marquis doit être de son goût. La comtesse est une femme brusque, qui aime à primer, à gouverner, à être la maîtresse. Le marquis est un homme doux, paisible, aisé à conduire; et voilà ce qu'il faut à la comtesse. Aussi ne parle-t-elle de lui qu'avec éloge. Son air de naïveté lui plaît : c'est,dit-elie, le meilleur homme, le plus complaisant, le plus sociable. D'ailleurs, le marquis est d'un âge qui lui convient : elle n'est plus de cette grande jeunesse; il a trente-cinq ou quarante ans; et je vois bien qu elle serait charmée de vivre avec lui.

LE CHEVALIER

J'ai peur que révénement ne vous trompe : ce n'est pas uu

petit objet que deux cent mille francs, qu'il faudra qu'on vous donne, si Ton ne vous épouse pas; et puis, quand le marquis et la comtesse s'aimeraient, ae l'humeur dont ils sont tous deux, il auront bien de la peine à se le dire.

HORTENSE

Oh ! moyennant l'embarras où je vais jeter le marquis, il faudra bien qu'il parle; et je veux savoir à quoi m'en tenir. Depuis le. temps que nous sommes à celte campagne chez la comtesse, il ne me dit rien. Il y a six semaines qu'il se tait; je veux qu'il s'explique. Je ne perdrai pas le legs qui me revient, si je n'épouse point le marquis.

LE CHEVAUBR.

Mais s'il accepte votre main ?

BORTENSE.

Eh! noO,vousdis-ie. Laissez*moi faire. Je crois mi'il espère que ce sera moi qui le refuserai. Peut-être même teindra^*il de consentir à notre union ; mais que cela ne vous épouvante pas. Vous n'êtes point assez riche pour m'épouser avec deuK cent mille francs de moins, je suis bien aise de oous les ap« porter en mariage. Je suis persuadée que la comtesse et le marquis ne se haïssent pas. Voyons ce que me diront Ik-deasus Lépine et LiseKe, qui vont venir me parler. L'un est ua Gascon froid, mais adroit; Lisette a de l'esprit. Je sais qu'ils ont tous deux la confiance de leurs maîtres : je les intéresserai à m'instruire, et tout ira bien. Les voilà qui vienneaU Retirez-vous.

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