‹ ThéâtreChapitre 102 sur 405 · A LA SUITE DE SILVIA · texte numérisé non relu

A LA SUITE DE SILVIA

TRIVELIN

Mais, madame, écoutez-moi.

SILVIA

Vous m'ennuyez.

TRIVELIN

Ne faut-il pas être raisonnable ?

SILVIA

Non, il ne faut pas l'être, et je ne le serai point.

TRIVELIN

Cependant...

SILVIA

Cependant, je ne veux point avoir de raison ; et quand vous recommenceriez cinquante fois votre cependant, je n'en veux point avoir. Que ferez- vous là ?

TRIVELIN

Vous avez soupe hier si légèrement, que vous serez malade si vous ne prenez rien ce matin.

SILVIA

Et moi, je hais la santé, et je suis bien aise d'être malade. Ainsi, vous n'avez qu'à renvoyer

tout ce qu'on apporte ; car je ne veux aujourd'hui ni déjeuner, ni dîner, ni souper ; demain la même chose. Je ne veux qu'être fâchée, vous haïr tous tant que vous êtes, jusqu'à ce que j'aie vu Arlequin, dont on m'a séparée. Voilà mes petites résolutions, et si vous voulez que je devienne folle, vous n'avez qu'à me prêcher d'être plus raisonnable ; cela sera bientôt fait.

TRI VELIN

Ma foi, je ne m'y jouerai pas ; je vois bien que vous me tiendriez parole. Si j'osais cependant...

SILVIA

Eh bien ! ne voilà-t-il pas encore un cependant ?

TRI VELIN

En vérité, je vous demande pardon ; celui-là m'est échappé, mais je n'en dirai plus, je me corrigerai. Je vous prierai seulement de considérer...

SILVIA

Oh ! vous ne vous corrigez pas ; voilà des considérations qui ne me conviennent point non plus.

TRI VELIN

... que c'est votre souverain qui vous aime.

SILVIA

Je ne l'en empêche pas, il est le maître ; mais faut-il que je l'aime, moi ? Non ; il ne le faut pas, parce que je ne le puis pas. Cela va tout seul : un enfant le verrait, et vous ne le voyez point.

TRIVELIN

Songez que c'est sur vous qu'il fait tomber le choix qu'il doit faire d'une épouse entre ses sujettes.

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