‹ ThéâtreChapitre 103 sur 405 · ACTE I — SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I — SCÈNE I

SILVIA

Qui est-ce qui lui a dit de me choisir ? M'a-t-il '] demandé mon avis ? S'il m'avait dit : « Me voulez- i vous, Silvia ? » je lui aurais répondu : « Non, / seigneur ; il faut qu'une honnête femme aime son ' mari, et je ne pourrais vous aimer. » Voilà la pure raison, cela ; mais point du tout, il m'aime ; crac, il m'enlève, sans me demander si je le , trouverai bon.

TRIVELIN

Il ne vous enlève que pour vous donner la main.

SILVIA

Eh ! que veut-il que je fasse de cette main, si je n'ai pas envie d'avancer la mienne pour la prendre ? Force-t-on les gens à recevoir des présents malgré eux ?

TRIVELIN

Voyez, depuis deux jours que vous êtes ici, comment il vous traite. N'êtes-vous pas déjà servie comme si vous étiez sa femme ? Voyez les • honneurs qu'il vous fait rendre, le nombre de femmes qui sont à votre suite, les amusements qu'on tâche de vous procurer par ses ordres. Qu'est-ce qu'x\rlequin au prix d'un prince plein d'égards, qui ne veut pas même se montrer qu'on ne vous ait disposée à le voir ; d'un prince jeune, aimable et rempH d'amour ? Car vous le trouverez tel. Eh ! madame, ouvrez les yeux, voyez votre fortune, et profitez de ses faveurs.

Dites-moi : vous et toutes ces femmes qui me parlent, vous a-t-on mis avec moi, vous a-t-on payés pour m' impatienter, pour me tenir des . discours qui n'ont pas le sens commun, qui me jfont pitié ?

152 LA DOUBLE INXONSTANCE

TRI VELIN

Oh ! parbleu ! je n'en sais pas davantage ; voilà tout l'esprit que j'ai.

SI L VI A

Sur ce pied-là, vous seriez tout aussi avancé de n'en point avoir du tout.

TRI VELIN

Mais encore, daignez, s'il vous plaît, me dire en quoi je me trompe.

SILVIA

Oui, je vais vous le dire, en quoi ; oui...

tri\:elin.

Eh ! doucement, madame ; mon dessein n'est pas de vous fâcher.

SILVIA

Vous êtes donc bien maladroit !

tri VELIN.

Je suis votre serviteur.

SILVIA

Eh bien ! mon ser\dteur, qui me vantez tant les honneurs que j'ai ici, qu'ai-je à faire de ces quatre ou cinq fainéantes qui m'espionnent toujours? On m'ôte mon amant, et on me rend des femmes à la place ; ne voilà-t-il pas un beau dédommagement ? Et on veut que je sois heureuse avec cela ? Que m'importe toute cette musique, ces concerts et cette danse dont on croit me régaler ? Arlequin chantait mieux que tout cela, et j'aime mieux danser moi-mêm£que de voir danser les autres, entendez-vous P'^^'ne bourgeoise contente dans un petit village, vaut mieux qu'une princesse qui pleure dans un bel appartements Si le prince est si tendre, ce n'est pas ma faute; je n'ai pas

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