‹ ThéâtreChapitre 107 sur 405 · SCÈNE III LISETTE, FLAMNIA · texte numérisé non relu

SCÈNE III LISETTE, FLAMNIA

LISETTE

Je viens recevoir tes ordres ; que me veux-tu ?

FLAMINIA

Approche un peu, que je te regarde.

Tiens, vois à ton aise.

FLAMINIA

Oui-da, tu es jolie aujourd'hui.

LISETTE

Je le sais bien ; mais qu'est-ce que cela te fait ?

FLAMINIA

Ôte cette mouche galante que tu as là.

LISETTE

Je ne saurais ; mon miroir me l'a recommandée.

FLAMINIA

Il le faut, te dis- je.

LISETTE

Quel meurtre! Pourquoi persécutes-tu ma mouche?

I FLAMINIA

^ J'ai mes raisons pour cela. Or çà, Lisette, tu es grande et bien faite.

LISETTE

C'est le sentiment de bien des gens.

FLAMINIA

Tu aimes à plaire ?

LISETTE

C'est mon faible.

FLAMINIA

Saurais-tu, avec une adresse naïve et modeste, inspirer un tendre penchant à quelqu'un en lui témoignant d'en avoir pour lui ; et le tout pour une bonne fin ?

LISETTE

^lais j'en reviens à ma mouche ; elle me paraît nécessaire à l'expédition que tu me proposes.

FLAMIXIA.

N'oubheras-tu jamais ta mouche ? Non, elle n'est pas nécessaire. Il s'agit d'un homme simple, d'un villageois sans expérience, qui s'imagine que nous autres femmes d'ici sommes obligées d'être aussi modestes que les femmes de son village. Oh ! la modestie de ces femmes-là n'est pas faite comme la nôtre ; nous avons des dispenses qui les scandaliseraient. Ainsi ne regrette plus ces mouches et mets-en la valeur dans tes manières ; c'est de ces manières que je te parle ; je te demande si tu sauras les avoir comme il faut ? Voyons, que lui dirais-tu ?

LISETTE

Mais, je lui dirai... Que lui dirais-tu, toi ?

FLAMINIA

Écoute-moi ; point d'air coquet d'abord. Par exemple, on voit dans ta petite contenance un dessein de plaire ; oh ! il faut en effacer cela ; tu mets je ne sais quoi d'étourdi et de vif dans toi: geste ; quelquefois c'est du nonchalant, du tendre, du mignard ; tes yeux veulent être fripons, veuleni attendrir, veulent frapper, font mille singeries ; te tête est légère ; ton menton porte au vent ; ti cours après un air jeune, galant et dissipé. Parles-ti aux gens, leur réponds-tu? Tu prends de certain; tons, tu te sers d'un certain langage, et le tout fine

Page 1