‹ ThéâtreChapitre 108 sur 405 · ACTE I — SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I — SCÈNE III

ment relevé de saillies folles. Oh ! toutes ces petites impertinences-là sont très jolies dans une fille du monde ; il est décidé que ce sont des grâces ; le cœur des hommes est tourné comme cela, voilà qui est fini. Mais ici il faut, s'il te plaît, faire main basse sur tous ces agréments-là. Le petit homme en question ne les approuverait point ; il n'a pas le goût si fort, lui. Tiens, c'est tout comme un homme qui n'aurait jamais bu que de belle eau bien claire ; le vin ou l'eau-de-vie ne lui plairait pas.

LISETTE

Mais, à la façon dont tu arranges mes agréments, je ne les trouve pas si jolis que tu dis.

FLAMINIA

Bon ! c'est que je les examine, moi : voilà pourquoi ils deviennent ridicules ; mais tu es en sûreté de la part des hommes.

LISETTE

Que mettrai- je donc à la place de ces impertinences que j'ai ?

FLA^IIXIA.

Rien ; tu laisseras aller tes regai-ds comme ils iraient si ta coquetterie leur permettait de rester en repos ; ta tête comme elle se tiendrait, si tu ne songeais pas à lui donner des airs évaporés ; et ta contenance tout comme elle est quand personne ne te regarde. Pour essayer, donne-moi quelque échantillon de ton savoir-faire. Regarde-moi d'un air ingénu.

Tiens, ce regard-là est-il bon ?

FLAMINIA

Hum ! il a encore besoin de quelque correction.

i6o LA DOUBLE INCONSTANCE

LISETTE

O dame ! veux-tu que je te dise ? Tu n'es qu'une femme ; est-ce que cela anime ? Laissons cela ; car tu m'emporterais la fleur de mon rôle. C'est pour Arlequin, n'est-ce pas ?

FLAMINIA

Pour lui-même.

LISETTE

Mais, le pauvre garçon ! si je ne l'aime pas, je le tromperai ; je suis fille d'honneur, et je m'en fais un scrupule.

FLAMINIA

S'il vient à t' aimer, tu l'épouseras et cela fera ta fortune ; as-tu encore des scrupules ? Tu n'es, non plus que moi, que la fille d'un domestique. du prince, et tu deviendras grande dame.

LISETTE

Oh ! voilà ma conscience en repos ; et en ce caslà, si je l'épouse, il n'est pas nécessaire que je l'aime. Adieu ; tu n'as qu'à m'avertir quand il sera temps de commencer.

FLAMINIA

Je me retire aussi ; car voilà Arlequin qu'on amène.

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