‹ ThéâtreChapitre 115 sur 405 · ACTE I — SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE I — SCÈNE VI

ARLEQUIN

Et quand il serait aimable, cela empêche-t-il que je ne le sois aussi, moi ?

LISETTE

Non, mais enfin c'est un prince.

ARLEQUIN

Qu'importe ? en fait de fille, ce prince n'est pas plus avancé que moi.

LISETTE

A la bonne heure. J'entends seulement qu'il a des sujets et des Etats, et que, tout aimable que vous êtes, vous n'en avez point.

Vous me la baillez belle avec vos sujets et vos Etats ! Si je n'ai point de sujets, je n'ai charge de personne ; et si tout va bien, je m'en réjouis ; si tout va mal, ce n'est pas ma faute. Pour des États, qu'on en ait ou qu'on n'en ait point, on n'en tient pas plus de place, et cela ne rend ni plus beau ni plus laid. Ainsi, de toutes façons, vous étiez surprise à propos de rien.

LISETTE, à part.

Voilà un vilain petit homme ; je lui fais des compliments, et il me querelle !

ARLEQUIN

Hein?

LISETTE

J'ai du malheur de ce que je vous dis ; et j'avoue qu'à vous voir seulement, je me serais promis une conversation plus douce.

ARLEQUIN

Dame ! mademoiselle, il n'y a rien de si trompeur que la mine des gens.

LISETTE

Il est vrai que la vôtre m'a trompée ; et voilà comme on a souvent tort de se prévenir en faveur de quelqu'un.

ARLEQUIN

Oh! très fort; mais que voulez- vous? je n'ai point choisi ma physionomie.

Non, je n'en saurais revenir quand je vous regarde.

ARLEQUIN

Me voilà pourtant ; et il n'y a point de remède, je serai toujours comme cela.

LISETTE

Oh ! j'en suis persuadée.

ARLEQUIN

Par bonheur, vous ne vous en souciez guère ?

LISETTE

Pourquoi me demandez- vous cela ?

ARLEQUIN

Eh ! pour le savoir.

LISETTE

Je serais bien sotte de vous dire la vérité làdessus, et une fille doit se taire.

ARLEQUIN

Comme elle y va ! Tenez, dans le fond, c'est dommage que vous soyez une si grande coquette.

LISETTE

Moi ?

ARLEQUIN

Vous-même.

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