SCÈNE VIII LE PRINCE, FLAMINIA, LISETTE
FLAMINIA, à Lisette.
Eh bien, nos affaires avancent-eUes ? Comment
va ]e cœur d'Arlequin ?
LISETTE
Il va très brutalement pour moi.
FLAMINIA
Il t'a donc mal reçue ?
LISETTE
Eh! fi! mademoiselle, vous êtes une coquette; voilà de son style.
LE PRINCE
J'en suis fâché, Lisette ; mais il ne faut pas que cela vous chagrine, vous n'en valez pas moins.
LISETTE
Je vous avoue, seigneur, que si j'étais vaine, je n'aurais pas mon compte. J'ai eu la preuve que je puis déplaire ; et nous autres femmes, nous nous passons bien de ces preuves-là.
Allons, allons, c'est maintenant à moi à tenter l'aventure.
LE PRINCE
Puisqu'on ne peut gagner Arlequin, Silvia ne m'aimera jamais.
FLAMINIA
Et moi, je vous dis, seigneur, que j'ai vu Arlequin; qu'il me plaît, à moi; que je me suis mis dans la tête de vous rendre content ; que je vous
ai promis que vous le seriez ; que je vous tiendrai parole, et que de tout ce que je vous dis là je ne rabattrais pas la valeur d'un mot. Oh ! vous ne me connaissez pas. Quoi ! seigneur, Arlequin et Sihàa me résisteraient 1 Je ne gouvernerais pas deux cœurs de cette espèce-là ! moi qui l'ai entrepris, moi qui suis opiniâtre, moi qui suis femme ! c'est tout dire. Et moi, j'irais me cacher ! Mon sexe me renoncerait, seigneur, vous pouvez en toute sûreté ordonner les apprêts de votre mariage, vous arranger pour cela ; je vous garantis aimé, je vous garantis marié ; Silvia va vous donner son cœur, ensuite sa m.ain ; je l'entends d'ici vous dire : « Je vous aime » ; je vois vos noces, elles se font ; Arlequin m'épouse, vous nous honorez de vos bienfaits ; et voilà qui est fini.
LISETTE
Tout est fini ? Rien n'est commencé.
FLAMINIA
Tais-toi, esprit court.