‹ ThéâtreChapitre 131 sur 405 · SCÈNE III LE PRINCE, SILVIA, FLAMINIA · texte numérisé non relu

SCÈNE III LE PRINCE, SILVIA, FLAMINIA

FLAMINIA

Voilà une créature bien effrontée !

SILVIA

Je suis outrée. J'ai bien affaire qu'on m'enlève pour se moquer de moi ; chacun a son prix. Ne semble-t-il pas que je ne vaille pas bien ces femmeslà ? Je ne voudrais pas ëtre^changée contre elles.

Bon ! ce sont des compliments que les injures de cette jalouse-là.

LE PRINCE

Belle Silvia, cette femme-là nous a trompés, le prince et moi ; vous m'en voyez au désespoir, n'en doutez pas. Vous savez que je suis pénétré de respect pour vous ; vous connaissez mon cœur. Je venais ici pour me donner la satisfaction de vous voir, pour jeter encore une fois les yeux sur une personne si chère, et reconnaître notre souveraine... Mais je ne prends pas garde que je me découvre, que Flaminia m'écoute, et que je vous importune encore.

FLAMINIA

Quel mal faites-vous ? Ne sais-je pas bien qu'on ne peut la voir sans l'aimer ?

SILVIA

Et moi, je voudrais qu'il ne m'aimât pas, car j'ai du chagrin de ne pouvoir lui rendre le change. Encore si c'était un homme comme tant d'autres, à qui on dit ce qu'on veut ; mais il est trop agréable

igô LA DOUBLE INCONSTANCE

pour qu'on le maltraite, lui, il a toujours été comme vous le voyez.

LE PRINCE

Ah ! que vous êtes obligeante, Silvia ? Que puis-je faire pour mériter ce que vous venez de me dire, si ce n'est de vous aimer toujours ?

SILVIA

Eh bien ! aimez-moi, à la bonne heure ; j'y aurai du plaisir pourvu que vous me promettiez de prendre votre mal en patience ; car je ne saurais mieux faire, en vérité. Arlequin est venu le premier ; voilà tout ce qui vous nuit. Si j'avais deviné que vous viendriez après lui, en bonne foi je vous aurais attendu ; mais vous avez du malheur, et moi je ne suis pas heureuse.

LE PRINCE

Flaminia, je vous en fais juge, pourrait-on cesser d'aimer Silvia ? Connaissez- vous de cœur plus compatissant, plus généreux que le sien ? Non ; la tendresse d'un autre me toucherait moins que la seule bonté qu'elle a de me plaindre.

SILVIA, à Flaminia.

Et moi, je vous en fais juge aussi ; là, vous l'entendez ; comment se comporter avec un homme qui me remercie toujours, qui prend tout ce qu'on lui dit en bien ?

FLAMINIA

Franchement, il a raison, Silvia ; vous êtes charmante, et à sa place je serais tout comme il est.

SILVIA

Ah çà ! n'allez-vous pas l'attendrir encore. Il n'a pas besoin qu'on lui dise .que je suis jolie ; il le croit assez. (Au prince.) Croyez-moi, tâchez de m'aimer

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