SCÈNE XI SILVIA, FLAMNIA
FLAMINIA
Qu'avez- vous, Silvia ? Vous êtes bien émue ?
SILVIA
J'ai... que je suis en colère. Cette impertinente femme de tantôt est venue pour me demander pardon ; et, sans faire semblant de rien, voyez la méchanceté, elle m'a encore fâchée, m'a dit que c'était à ma laideur qu'on se rendait ; qu'elle était plus agréable, plus adroite que moi ; qu'elle ferait bien passer l'amour du prince ; qu'elle allait travailler pour cela ; que je verrai... pati, pata ; que sais-je, moi, tout ce qu'elle mis en avant contre mon visage ! Est-ce que je n'ai pas raison d'être piquée ?
FLAMINIA
Écoutez ; si vous ne faites taire tous ces gens-là, il faut vous cacher pour toute votre vie.
2i8 LA DOUBLE INCONSTANCE
Je ne manque pas de bonne volonté ; mais c'est Arlequin qui m'embarrasse.
FLAMIXIA.
Eh ! je vous entends ; voilà un amour bien mal placé, qui se rencontre là aussi mal à propos qu'il se puisse.
SILVIA
Oh ! j'ai toujours eu du guignon dans les rencontres.
FLAMINIA
Mais si Arlequin vous voit sortir de la cour et méprisée, pensez- vous que cela le réjouisse ?
SILVIA
Il ne m'aimera pas tant, voulez-vous dire ?
FLAMINIA
Il y a tout à craindre.
SILVIA
Vous me faites rêver à une chose. Ne trouvezvous pas qu'il est un peu négligent depuis que nous sommes ici ? il m'a quittée tantôt pour aUer goûter ; voilà une belle excuse !
FLAMINIA
Je l'ai remarqué comme vous ; mais ne me trahissez pas au moins ; nous nous parlons de fille à fille. Dites-moi, après tout, l'aimez- vous tant, ce garçon ?
Mais, vraiment oui, je l'aime ; il le faut bien.
FLAMINIA
Voulez-vous que je vous dise ? Vous me paraissez mal assortis ensemble. Vous avez du goût, de l'esprit.