‹ ThéâtreChapitre 148 sur 405 · ACTE II — SCÈNE XI · texte numérisé non relu

ACTE II — SCÈNE XI

Tair fin et distingué ; il a l'air pesant, les manières grossières ; cela ne cadre point et je ne comprends pas comment vous l'avez aimé ; je vous dirai même que cela vous fait tort.

SILVIA

Mettez-vous à ma place. C'était le garçon le plus passable de nos cantons ; il demeurait dans mon village ; il était mon voisin ; il est assez facétieux, je suis de bonne humeur ; il me faisait quelquefois rire ; il me suivait partout ; il m'aimait ; j'avais coutume de le voir, et de coutume en coutume je l'ai aimé aussi, faute de mieux ; mais j'ai toujours vu qu'il était enclin au vin et à la gourmandise.

FLAMINIA

Voilà de jolies vertus, surtout dans l'amant de l'aimable et tendre Silvia ! Mais à quoi vous déterminez-vous donc ? -

SILVIA

Je l'ignore ; il me passe tant de oui et de non par la tête, que je ne sais auquel entendre. D'un côté. Arlequin est un petit négligent qui ne songe ici •qu'à manger ; d'un autre côté, si l'on me renvoie, ces glorieuses femmes me feront accroire partout qu'on m'aura dit : « Va-t'en, tu n'es pas assez jolie. » D'un autre côté encore, ce monsieur que j'ai retrouvé ici...

Quoi?

SILVIA

Je vous le dis en secret : je ne sais ce qu'il m*a fait depuis que je l'ai revu ; mais il m'a toujours paru si doux, il m'a dit des choses si tendres, il m'a conté son amour d'un air si poli, si humble, que j'en ai une véritable pitié, et cette pitié-là m'empêche encore d'être maîtresse de moi.

FLAMINIA

L'aimez- VOUS ?

SILVIA

Je ne crois pas ; car je dois aimer Arlequin.

FLAMINIA

Ce monsieur est un homme aimable.

SILVIA

Je le sens bien.

FLAMINIA

Si vous négligiez de vous venger pour l'épouser, je vous le pardonnerais ; voilà la vérité.

SILVIA

Si Arlequin se mariait à une autre fille que moi, à la bonne heure. Je serais en droit de lui dire : «Tu m'as quittée, je te quitte, je prends ma revanche » ; mais il n'y a rien à faire. Qui est-ce qui voudrait d'Arlequin ici, rude et bourru comme il est?

Il n'y a pas presse, entre nous. Pour moi, j'ai toujours eu dessein de passer ma vie aux champs ; Arlequin est grossier ; je ne l'aime point, mais je ne le hais pas ; et, dans les sentiments où je suis, s'il voulait, je vous en débarrasserais volontiers pour vous faire plaisir.

SILVIA

Mais mon plaisir, où est-il ? il n'est ni là, ni là ; je le cherche.

FLAMINIA

Vous verrez le prince aujourd'hui. Voici ce cavalier qui vous plaît ; tâchez de prendre votre parti. Adieu, nous nous retrouverons tantôt.

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