ACTE III — SCÈNE VII
FLAMINIA
Je n'en doute point.
ARLEQUIN
Ensuite, puisque notre cœur s'est mécompte et que nous nous aimons par mégarde, nous prendrons patience et nous nous accommoderons à l'avenant.
FLAMINIA
J'entends bien ; vous voulez dire que nous nous marierons ensemble ?
ARLEQUIN
Vraiment oui ; est-ce ma faute, à moi ? Pourquoi ne m'avertissez-vous pas que vous m'attraperiez et que vous seriez ma maîtresse ?
M'avez-vous avertie que vous deviendriez mon amant ?
ARLEQUIN
Morbleu ! le devinais- je ?
FLAMINIA
Vous étiez assez aimable pour le deviner.
ARLEQUIN
Ne nous reprochons rien ; s'il ne tient qu'à être aimable, vous avez plus de tort que moi.
FLAMINIA
Épousez-moi, j'y consens ; mais il n'y a point de temps à perdre, et je crains qu'on ne vienne m'ordonner de sortir.
ARLEQUIN
Ah ! je pars pour parler au prince. Ne dites pas à Silvia que je vous aime ; elle croirait que je suis dans mon tort, et vous savez que je suis innocent.
Je ne ferai semblant de rien avec elle ; je lui dirai que c'est pour sa fortune que je la laisse là.
FLAMINIA
Fort bien ; j'allais vous le conseiller.
ARLEQUIN
Attendez, et donnez-moi votre main que je la baise... Oui est-ce qui aurait cru que j'y prendrais tant de plaisir ? Cela me confond, (ii sort.)