SCÈNE PREMIÈRE LA MARQUISE, LISETTE
(La Marquise entre tristement sur la scène ; Lisette la suit sans qu'elle le sache.)
LA MARQUISE, s'arrêtant et soupirant.
Ah!
LISETTE, derrière eUe.
LA MARQUISE
Qu'est-ce que j'entends là? Ah! c'est vous?
LISETTE
Oui, madame.
LA MARQUISE
De quoi soupirez- vous ?
Moi ? de rien : vous soupirez, je prends cela pour une parole, et je vous réponds de même.
LA MARQUISE
Fort bien ; mais qui est-ce qui vous a dit de me suivre ?
LISETTE
Qui me l'a dit, madame ? Vous m'appelez, je viens ; vous marchez, je vous suis : j'attends le reste.
26o LA SECONDE SURPRISE DE L'AMOUR
LA MARQUISE
Je vous ai appelée, moi ?
LISETTE
Oui, madame.
LA MARQUISE
Allez, VOUS rêvez ; retoumez-vous-en, je n'ai pas besoin de vous.
LISETTE
Retoumez-vous-en ! les personnes affligées ne doivent point rester seules, madame.
LA MARQUISE
Ce sont mes affaires ; laissez-moi.
LISETTE
Cela ne fait qu'augmenter leur tristesse.
Ma tristesse me plaît.
LISETTE
Et c'est à ceux qui vous aiment à vous secourir dans cet état-là ; je ne veux pas vous laisser mourir de chagrin.
LA MARQUISE
Ah î voyons donc où cela ira.
LISETTE
Pardi ! il faut bien se servir de sa raison dans la vie, et ne pas quereller les gens qui sont attachés à nous.
LA MARQUISE
Il est vrai que votre zèle est fort bien entendu ; pour m'empêcher d'être triste, il me met en colère.
LISETTE
Eh bien, cela distrait toujours un peu : il vaut mieux quereller que soupirer.