SCÈNE V HORTENSIUS, LISETTE
LISETTE
Monsieur Hortensius, madame m'a chargé de vous dire que vous alliez lui montrer les livres que vous avez achetés pour eUe.
HORTENSIUS
Je serai ponctuel à obéir, mademoiselle Lisette ; et madame la marquise ne pouvait charger de ses ordres personne qui me les rendît plus dignes de ma prompte obéissance.
LISETTE
Ah ! le joli tour de phrase ! Comment ! vous me saluez de la période la plus galante qui se puisse, et
l'on sent bien qu'elle part d'un homme qui sait sa rhétorique.
HORTENSIUS
La rhétorique que je sais là-dessus, mademoiselle, ce sont vos beaux yeux qui me l'ont apprise.
LISETTE
Mais ce que vous me dites là est merveilleux ; je ne savais pas que mes beaux yeux enseignassent la rhétorique.
HORTENSIUS
Ils ont mis mon cœur en état de soutenir thèse, mademoiselle ; et, pour essai de ma science, je vais, si vous l'avez pour agréable, vous donner un petit argument en forme.
LISETTE
Un argum.ent à moi ! Je ne sais ce que c'est ; je ne veux point tâter de cela. Adieu.
HORTENSIUS
Arrêtez, voyez mon petit syllogisme, je vous assure qu'il est concluant.
LISETTE
Un syllogisme ! Eh ! que voulez- vous que je fasse de cela ?
HORTENSIUS
Écoutez. On doit son cœur à ceux qui vous donnent le leur; je vous donne le mien : ergo, vous me deVez le vôtre.
Est-ce là tout ? Oh ! je sais la rhétorique aussi, moi. Tenez : on ne doit son cœur qu'à ceux qui le prennent ; assurément vous ne prenez pas le mien : ergo, vous ne l'aurez pas. Bonjour.