‹ ThéâtreChapitre 181 sur 405 · SCÈNE V HORTENSIUS, LISETTE · texte numérisé non relu

SCÈNE V HORTENSIUS, LISETTE

LISETTE

Monsieur Hortensius, madame m'a chargé de vous dire que vous alliez lui montrer les livres que vous avez achetés pour eUe.

HORTENSIUS

Je serai ponctuel à obéir, mademoiselle Lisette ; et madame la marquise ne pouvait charger de ses ordres personne qui me les rendît plus dignes de ma prompte obéissance.

LISETTE

Ah ! le joli tour de phrase ! Comment ! vous me saluez de la période la plus galante qui se puisse, et

l'on sent bien qu'elle part d'un homme qui sait sa rhétorique.

HORTENSIUS

La rhétorique que je sais là-dessus, mademoiselle, ce sont vos beaux yeux qui me l'ont apprise.

LISETTE

Mais ce que vous me dites là est merveilleux ; je ne savais pas que mes beaux yeux enseignassent la rhétorique.

HORTENSIUS

Ils ont mis mon cœur en état de soutenir thèse, mademoiselle ; et, pour essai de ma science, je vais, si vous l'avez pour agréable, vous donner un petit argument en forme.

LISETTE

Un argum.ent à moi ! Je ne sais ce que c'est ; je ne veux point tâter de cela. Adieu.

HORTENSIUS

Arrêtez, voyez mon petit syllogisme, je vous assure qu'il est concluant.

LISETTE

Un syllogisme ! Eh ! que voulez- vous que je fasse de cela ?

HORTENSIUS

Écoutez. On doit son cœur à ceux qui vous donnent le leur; je vous donne le mien : ergo, vous me deVez le vôtre.

Est-ce là tout ? Oh ! je sais la rhétorique aussi, moi. Tenez : on ne doit son cœur qu'à ceux qui le prennent ; assurément vous ne prenez pas le mien : ergo, vous ne l'aurez pas. Bonjour.

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