‹ ThéâtreChapitre 198 sur 405 · ACTE I — SCÈNE XIV · texte numérisé non relu

ACTE I — SCÈNE XIV

LUBIN

A quoi cela sert-il ? ces choses-là...

HORTENSIUS

A purger l'âme de toutes ses passions.

LUBIN

Tant mieux ; faites-moi prendre un doigt de cette médecine-là, contre ma mélancolie.

HORTENSIUS

Est-ce que vous avez du chagrin ?

LUBIN

Tant, que j'en mourrais, sans le bon appétit qui me sauve.

Vous avez là un puissant antidote : je vous dirai pourtant, mon ami, que le chagrin est toujours inutile, parce qu'il ne remédie à rien, et que la raison doit être notre règle dans tous les états.

LUBIN

Ne parlons point de raison, je la sais par cœur, celle-là ; purgez-moi plutôt avec de la morale.

HORTENSIUS

Je vous en dis, et de la meilleure.

LUBIN

Elle ne vaut donc rien pour mon tempérament ? Servez-moi de la philosophie.

HORTENSIUS

Ce serait à peu près la même chose.

LUBIN

Voyons donc les belles-lettres.

HORTENSIUS

Elles ne vous conviendraient pas : mais quel est v^otre chagrin ?

LUBIN

C'est l'amour.

HORTENSIUS

Oh ! la philosophie ne veut pas qu'on prenne d'amour.

Oui ; mais quand il est pris, que veut-elle qu'on en fasse ?

HORTENSIUS

Qu'on y renonce, qu'on le laisse là.

LUBIN

Qu'on le laisse là ? Et s'il ne s'y tient pas ? car il court après vous.

HORTENSIUS

Il faut fuir de toutes ses forces.

LUBIN

Bon ! quand on a de l'amour, est-ce qu'on a des jambes ? la philosophie en fournit donc ?

HORTENSIUS

Elle nous donne d'excellents conseils.

LUBIN

Des conseils ? Ah ! le triste équipage pour gagner pays !

HORTENSIUS

Écoutez, voulez- vous un remède infaillible ? VOUS pleurez une maîtresse, faites-en une autre.

LUBIN

Eh ! morbleu, que ne parlez- vous ? voilà qui est bon, cela. Gageons que c'est avec cette morale-

Page 1