‹ ThéâtreChapitre 225 sur 405 · ACTE III — SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE III — SCÈNE II

HORTENSIUS

Pourquoi me faites-vous cette question-là ?

LUBIN

Ma foi, je n'en sais rien, si ce n'est pour entrer en conversation.

AUons, allons, venons au fait.

LUBIN

Encore un petit mot, docteur : n'avez- vous jamais couché dans la rue ?

HORTENSIUS

Que signifie ce discours ?

LUBIN

C'est que cette nuit vous en aurez le plaisir ; le vent de bise vous en dira deux mots.

LISETTE

N'amusons point davantage monsieur Hortensius. Tenez, monsieur, voilà de l'or que madame m'a chargé de vous donner, moyennant quoi, comme elle prend congé de vous, vous pouvez prendre congé d'elle. A mon égard, je salue votre érudition, et je suis votre très humble servante.

(Elle lui fait la révérence.) LUBIN.

Et moi votre serviteur.

HORTENSIUS

Quoi ? madame me renvoie ?

LISETTE

Non pas, monsieur, elle vous prie seulement de vous retirer.

Et vous qui êtes honnête, vous ne refuserez rien aux prières de madame.

HORTENSIUS

Savez-vous la raison de cela, mademoiselle Lisette ?

LISETTE

Non : mais en gros je soupçonne que cela pourrait venir de ce que vous l'ennuyez.

LUBIN

Et en détail, de ce que nous sommes bien aises de nous aimer en paix, en dépit de la philosophie que vous avez dans la tête.

LISETTE

Tais-toi.

HORTENSIUS

J'entends ; c'est que madame la marquise et monsieur le chevalier ont de l'incHnation l'un pour l'autre.

LISETTE

Je n'en sais rien, ce ne sont pas mes affaires.

LUBIN

Eh bien, tout coup vaille ! quand ce serait de l'inclination, quand ce serait des passions, des soupirs, des flammes, et de la noce après : il n'y a rien de si gaillard ; on a un cœur, on s'en sert, cela est naturel.

LISETTE, à Lubin.

Finis tes sottises. (A Hortensius.) Vous voilà averti, monsieur; je crois que cela suflit.

LUBIN

Adieu, touchez là, et partez ferme ; il n'y aura pas de mal à doubler le pas.

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