SCÈNE PREMIÈRE DORANTE, ARLEQUIN
ARLEQUIN
Hélas ! monsieur, mon très honoré maître, je vous en conjure...
DORANTE
Encore !
ARLEQUIN
Ayez compassion de ma bonne aventure ; ne portez point guignon à mon bonheur qui va son train si rondement ; ne lui fermez point le passage.
DORANTE
AUons donc, misérable ; je crois que tu te moques de moi ; tu mériterais cent coups de bâton...
ARLEQUIN
Je ne les refuse point, si je les mérite ; mais quand je les aurai reçus, permettez-moi d'en mériter d'autres. Voulez- vous que j'aille chercher le bâton ?
DORANTE
Maraud I
ARLEQUIN
Maraud, soit ; mais cela n'est point contraire à faire fortune.
,^^ DORANTE
Ce coquin ! quelle idée lui prend !
ARLEQUIN
Coquin est encore bon ; il me convient aussi ; un maraud n'est point déshonoré d'être appelé coquin ; mais un coquin peut faire un bon mariage.
DORANTE
Coniment, insolent ! tu veux que je laisse un honnête homme dans l'erreur, et que je souffre que tu épouses sa fille sous mon nom ? Ecoute ; si tu me parles encore de cette impertinence-là, dès que j'aurai averti M. Orgon de ce que tu es, je te chasse ; entends-tu ?
ARLEQUIN
Accommodons-nous ; cette demoiselle m'adore, elle m'idolâtre. Si je lui dis mon état de valet, et que, nonobstant, son tendre cœur soit toujours friand de la noce avec moi, ne laisserez-vous pas jouer les violons ?
DORANTE
Dès qu'on te reconnaîtra, je ne m'en embarrasse plus.
Bon ; je vais de ce pas prévenir cette généreuse personne sur mon habit de caractère. J'espère que ce ne sera pas un galon de couleur qui nous brouillera ensemble, et que son amour me fera passer à la table en dépit du sort qui ne m'a mis qu'au buffet.