‹ ThéâtreChapitre 288 sur 405 · SCÈNE PREMIÈRE DORANTE, ARLEQUIN · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE DORANTE, ARLEQUIN

ARLEQUIN

Hélas ! monsieur, mon très honoré maître, je vous en conjure...

DORANTE

Encore !

ARLEQUIN

Ayez compassion de ma bonne aventure ; ne portez point guignon à mon bonheur qui va son train si rondement ; ne lui fermez point le passage.

DORANTE

AUons donc, misérable ; je crois que tu te moques de moi ; tu mériterais cent coups de bâton...

ARLEQUIN

Je ne les refuse point, si je les mérite ; mais quand je les aurai reçus, permettez-moi d'en mériter d'autres. Voulez- vous que j'aille chercher le bâton ?

DORANTE

Maraud I

ARLEQUIN

Maraud, soit ; mais cela n'est point contraire à faire fortune.

,^^ DORANTE

Ce coquin ! quelle idée lui prend !

ARLEQUIN

Coquin est encore bon ; il me convient aussi ; un maraud n'est point déshonoré d'être appelé coquin ; mais un coquin peut faire un bon mariage.

DORANTE

Coniment, insolent ! tu veux que je laisse un honnête homme dans l'erreur, et que je souffre que tu épouses sa fille sous mon nom ? Ecoute ; si tu me parles encore de cette impertinence-là, dès que j'aurai averti M. Orgon de ce que tu es, je te chasse ; entends-tu ?

ARLEQUIN

Accommodons-nous ; cette demoiselle m'adore, elle m'idolâtre. Si je lui dis mon état de valet, et que, nonobstant, son tendre cœur soit toujours friand de la noce avec moi, ne laisserez-vous pas jouer les violons ?

DORANTE

Dès qu'on te reconnaîtra, je ne m'en embarrasse plus.

Bon ; je vais de ce pas prévenir cette généreuse personne sur mon habit de caractère. J'espère que ce ne sera pas un galon de couleur qui nous brouillera ensemble, et que son amour me fera passer à la table en dépit du sort qui ne m'a mis qu'au buffet.

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