ACTE III — SCÈNE VIII
ARLEQUIN
Pardi ! oui. La pauvre enfant ! j'ai trouvé son cœur plus doux qu'un agneau ; il n'a pas soufflé. Quand je lui ai dit que je m'appelais Arlequin, et que j'avais un habit d'ordonnance : « Eh bien, mon ami, m'a-t-elle dit, chacun a son nom dans la vie, chacun a son habit. Le vôtre ne vous coûte rien ; cela ne laisse pas d'être gracieux. »
DORANTE
Quelle sorte d'histoire me contes-tu là ?
ARLEQUIN
Tant il y a que je vais la demander en mariage.
DORANTE
Comment ! elle consent à t' épouser ?
ARLEQUIN
La voilà bien malade !
DORANTE
Tu m'en imposes ; elle ne sait pas qui tu es.
ARLEQUIN
Par la ventrebleu ! voulez- vous gager que je l'épouse avec la casaque sur le corps ; avec une souquenille, si vous me fâchez ? Je veux bien que vous sachiez qu'un amour de ma façon n'est point sujet à la casse, que je n'ai pas besoin de votre friperie pour pousser ma pointe, et que vous n'avez qu'à me rendre la mienne.
DORANTE
Tu es un fourbe ; cela n'est pas concevable, et je vois bien qu'il faudra que j'avertisse M. Orgon.
ARLEQUIN
Qui ? notre père ? Ah ! le bon homme ! nous l'avons dans notre manche. C'est le meilleur
humain, la meilleure pâte d'homme !... Vous m'en direz des nouvelles.
DORANTE
Quel extravagant ! As-tu vu Lisette ?
ARLEQUIN
Lisette ? non. Peut-être a-t-elle passé devant mes yeux ; mais un honnête homme ne prend pas garde à une chambrière. Je vous cède ma part de cette attention-là.
DORANTE
Va-t'en ; la tête te tourne.
ARLEQUIN
Vos petites manières sont un peu aisées ; mais c'est la grande habitude qui fait cela. Adieu. Quand j'aurai épousé, nous vivrons but à but. Votre soubrette arrive. Bonjour, Lisette : je vous recommande Bourguignon ; c'est un garçon qui a quelque mérite.