SCÈNE II
le diable emportait ton cousin il ne t'en resterait pas un parent de moins.
ÉRASTE
Et pourquoi pensez- vous qu'elle vous trompe ?
FRONTIN
Hum ! quelle physionomie de fripon ! Mons de La Ramée, je vous avertis que j'aime Lisette et que je veux l'épouser tout seul.
LISETTE
Il est pourtant nécessaire que je lui parle pour une affaire de famille qui ne te regarde pas.
FRONTIN
Oh ! parbleu, que les secrets de ta famille s'accommodent ; moi, je reste.
LISETTE
Il faut prendre son parti. Frontin !
FRONTIN
Après ?
LISETTE
Serais-tu capable de rendre service à un honnête homme, qui t'en récompenserait bien ?
FRONTIN
Honnête homme ou non, son honneur est de trop, dès qu'il récompense.
LISETTE
Tu sais à qui madame marie Angélique, ma maîtresse ? frontin.
Oui ; je pense que ce sont à peu près soixante ans qui en épousent dix-sept.
LISETTE
Tu vois bien que ce mariage-là ne convient point.
FRONTIN
Oui ; il menace de stérilité ; les héritiers en seront nuls ou auxiliaires.
LISETTE
Ce n'est qu'à re.çret qu'Angélique obéit ; d'autant plus que le hasard lui a fait connaître un aimable homme qui a touché son cœur.
FRONTIN
Le cousin La Ramée pourrait bien nous venir de là.
LISETTE
Tu l'as dit, c'est cela même.
ÉRASTE
Oui, mon enfant, c'est moi.
FRONTIN
Eh ! que ne le disiez-vous ? En ce cas, je vous pardonne votre figure, et je suis tout à vous. Voyons, que faut-il faire ?
ÉRASTE
Rien, si ce n'est favoriser une entrevue que Lisette va me procurer ce soir ; tu seras content de moi.
FRONTIN
Je le crois ; mais qu'espérez-vous de cette entrevue ? On signe le contrat ce soir.
LISETTE
Eh bien, pendant que la compagnie, avant le souper, sera dans l'appartement de madame, monsieur nous attendra dans cette salle, sans lumière pour n'être point vu, et nous y viendrons, Angélique et moi, pour examiner le parti qu'il y aura à prendre.