SCÈNE IV MADAME ARGANTE, LISETTE
MADAME ARGANTE
Ma fiUe vous dit assez volontiers ses sentiments, Lisette ; dans quelle disposition d'esprit est-elle pour le mariage que nous allons conclure ? Elle ne m'a marqué du moins aucune répugnance.
LISETTE
Ah ! madame, elle n'oserait vous en marquer.
quand elle en aurait ; c'est une jeune et timide personne, à qui jusqu'ici son éducation n'a rien appris qu'à obéir.
MADAME ARGANTE
C'est, je pense, ce qu'elle pouvait apprendre de mieux à son âge.
LISETTE
Je ne dis pas le contraire.
^UDA^IE ARGANTE.
Mais enfin, vous pctrait-elle contente ?
LISETTE
Y peut-on rien connaître ? Vous savez qu'à peine ose-t-elle lever les yeux, tant elle a peur de sortir de cette modestie sévère que vous lui prescrivez ; tout ce que j'en sais, c'est qu'elle est triste.
MADAME ARGANTE
Oh ! je le crois ; c'est une marque qu'elle a le cœur bon ! Elle va se marier, elle me quitte, elle m*aime, et notre séparation est douloureuse.
LISETTE
Eh ! eh ! ordinairement, pourtant, une fille qui va se marier est assez gaie.
MADAME ARGANTE
Oui, une fille dissipée, élevée dans mi monde coquet, qui a plus entendu parler d'amour que de vertu, et que mille jeunes étourdis ont eu l'impertinente liberté d'entretenir de cajoleries. Mais une fille retirée, qui vit sous les yeux de sa mère et dont rien n'a gâté ni le cœur ni l'esprit, ne laisse pas d'être alarmée quand elle change d'état. Je connais x\ngélique et la simpHcité de ses mœurs ; elle n'aime pas le monde, et je suis sûre qu'elle ne me quitterait jamais si je l'en laissais la maîtresse.