SCÈNE IV
LISETTE
Cela est singulier.
MADAME ARGANTE
Oh 1 j'en suis sûre. A l'égard du mari que je lui donne, je ne doute pas qu'elle n'approuve mon choix ; c'est un homme très riche, très raisonnable.
LISETTE
Pour raisonnable, il a eu le temps de le devenir.
MADAME ARGANTE
Oui ; un peu vieux, à la vérité ; mais doux, mais complaisant, attentif, aimable.
LISETTE
Aimable 1 Prenez donc garde, madame ; il a soixante ans, cet homme.
MADAME ARGANTE
Il est bien question de l'âge d'un mari avec une fille élevée comme la mienne !
LISETTE
Oh ! s'il n'en est pas question avec mademoiselle votre fille, il n'y aura guère eu de prodige de cette îor ce-la. madame argante.
Qu'entendez-vous avec votre prodige ?
LISETTE
J'entends qu'il faut, le plus qu'on peut, mettre la vertu des gens à son aise, et que celle d'AngéUque ne sera pas sans fatigue.
madame argante.
Vous avez de sottes idées, Lisette ; les inspirezvous à ma fille? lise^te.
Oh ! que non, madame ; elle les trouvera bien sans que je m'en mêle.
Eh ! pourquoi, de l'humeur dont elle est, ne serait-elle pas heureuse ?
LISETTE
C'est qu'elle ne sera point de l'humeur que vous dites, cette humeur-là n'existe nulle part.
MADAME ARGANTE
Il faudrait qu'elle l'eût bien difficile, si elle ne s'accommodait pas d'un homme qui l'adorera.
LISETTE
On adore mal à son âge.
MADAME ARGANTE
Qui ira au-devant de tous ses désirs.
LISETTE
Ils seront donc bien modestes.
MADAME ARGANTE
Taisez-vous ; je ne sais de quoi je m'avise de vous écouter. ______„
LISETTE
Vous m'interrogez, et je vous réponds sincère-
^^^^- MADAME ARGANTE
Allez dire à ma fille qu'elle vienne.
LISETTE
Il n'est pas besoin de l'aller chercher, madame ; la voilà qui entre, et je vous laisse.